Donald Trump s'enrichit-il grâce au pouvoir ?
Donald Trump semble rouler sur l'or : dans une déclaration de 927 pages publiée mardi, il a fait état de 2,2 milliards de dollars de revenus pour 2025 – soit 3,5 fois plus que l'année précédant son second mandat. Plus de 1,4 milliard de dollars proviennent des activités de sa famille dans les cryptomonnaies. Des chiffres qui suscitent un tollé au sein de la presse européenne.
Objectif bourse
Corriere della Sera ne mâche pas ses mots :
«La semaine dernière, juste après la clôture de la Bourse, le Pentagone a fait l'annonce de nouvelles frappes aériennes américaines contre des cibles iraniennes, en représailles à l'attaque d'un navire par les Gardiens de la révolution dans le détroit d'Ormuz. L'objectif était d'éviter une chute brutale des cours. De même, la rumeur d'une éventuelle reprise des négociations à Doha s'est répandue dans la nuit de dimanche à lundi, au moment même où démarraient les échanges sur les contrats à terme en vue de la réouverture des marchés financiers. … Sous le second mandat de Trump, nous nous sommes habitués à ce qui était encore impensable il y a peu : un président qui manie les menaces, les promesses, les jugements dénigrants et les compliments, notamment dans le but d'influencer les indices boursiers et de désigner les gagnants et les perdants parmi les entreprises américaines.»
Les Pères fondateurs se retournent dans leur tombe
Le Monde regrette la fin de la vertu présidentielle :
«Avec Donald Trump, le pari des Pères fondateurs sur l'exemplarité des présidents des Etats-Unis est perdu. Personne ne se hasardera à partir à la recherche des vertus d'une présidence associée à la corruption la plus évidente et à une soif d'enrichissement. … Avec l'accroissement constant du périmètre du pouvoir exécutif, sanctifié par une Cour suprême acquise au principe d'une présidence quasi impériale, et le mépris du droit et des faits, la dissolution de la notion de conflit d'intérêts constitue la signature de ce second mandat.»
Quand la politique sert les intérêts privés
TVNet commente :
«Il n'est pas encore établi que Trump a enfreint la loi avec ses activités financières. La Maison-Blanche réfute catégoriquement que les affaires du Président représentent un conflit d'intérêt et insiste sur le fait que les entreprises en question sont dirigées par ses fils et que toutes les décisions du gouvernement sont prises dans l'intérêt général. Mais les historiens font valoir qu'il ne s'agit plus de connaître le montant des bénéfices personnels de Trump, mais plutôt de savoir comment la vision même de la fonction présidentielle américaine a évolué. Alors que les anciens présidents tâchaient d'éviter à tout prix ne serait-ce qu'un soupçon de conflit d'intérêt, les entreprises privées et la politique de la Maison-Blanche sont désormais intimement entremêlées.»
Mieux réguler les "cryptos"
Pour The Independent, l'enrichissement de Trump est la preuve qu'il faut mieux contrôler le secteur des cryptodevises :
«La question de la présence d'un conflit d'intérêt doit se poser lorsqu'on voit Trump faire la promotion enthousiaste des cryptomonnaies à base de décrets et de nouvelles lois. Il devrait exister des réglementations et des directives à ce propos, malheureusement, les institutions du monde démocratique ont un train de retard par rapport à cette nouvelle espèce de crypto-politiciens. … A l'heure où la confiance dans les hommes politiques est en berne (même selon les critères habituels), et alors que l'opacité entourant les cryptomonnaies est considérable, les démocraties doivent se doter de meilleures règles.»
L'argent n'est pas synonyme de reconnaissance
Si Trump enregistre des revenus records, il est à la peine en politique, fait observer The Guardian :
«D'un côté, il a obtenu ce qu'il avait désespérément aspiré dans sa vie, à savoir une fortune colossale et à peine concevable. Mais au prix de ce à quoi il a aussi toujours désespérément aspiré dans sa vie, à savoir l'admiration générale et les vivats. Cette ironie est si édifiante sur le plan moral qu'elle pourrait sortir tout droit d'une fable. C'est pourtant la situation dans laquelle le président se trouve actuellement : riche comme Crésus mais la risée de tous ; un 'winner' au vu de ses revenus, mais un raté en tant que chef d'Etat, avec un taux de popularité de 39 pour cent seulement.»