Tchéquie : un bras de fer entre gouvernement et médias ?
Le ministère tchèque des Affaires étrangères a exclu une journaliste du quotidien Deník N d'une conférence de presse, alors que selon le journal, elle avait fait sa demande d'accréditation en bonne et due forme. En représailles, le syndicat des journalistes prévoit de boycotter à l'avenir certaines conférences de presse si cela est nécessaire. Les commentateurs se demandent s'il s'agit d'une dérive répressive et s'interrogent sur la réponse à apporter.
Pas une broutille, mais un signal d’alarme
Hospodářské noviny évoque le contexte global :
«Les attaques que mène actuellement le gouvernement contre les médias s'accompagnent d'attaques visant d'autres éléments du système démocratique, censés empêcher l'expansion incontrôlée du pouvoir : les tribunaux, y compris la Cour constitutionnelle, et la société civile. … Bref, tout ce que les populistes ne peuvent entièrement contrôler. Et lorsqu'ils ne parviennent pas à prendre un contrôle total, ils cherchent à remettre ces institutions en question, à les délégitimer, à les marginaliser. … L'attitude sélective et hostile du gouvernement à l'égard des médias n'est vraiment pas un détail. C'est un signal d'alarme. Il s'agit au fond d'une volonté de démanteler notre système libéral.»
Etre prudent avec les gestes symboliques
Un boycott serait excessif, juge Lidové noviny :
«La liberté des médias est un bien si précieux qu'elle mérite bien mieux que des gestes symboliques. Elle a besoin de retenue, d'arguments concrets et du respect du cadre juridique. Si quelqu'un n'a pas respecté ces règles, il faut le prouver de manière transparente et les responsables doivent répondre de leurs actes. Choisir un boycott généralisé devrait être l'ultime recours, et non la première réaction. A une époque où la société tchèque est divisée sur presque toutes les questions publiques, on devrait plutôt veiller à ne pas aggraver les clivages inutilement. L'Etat de droit ne repose pas sur des gestes symboliques, mais sur des institutions, des règles et la capacité à régler les litiges avec civisme.»