Primaire au Michigan : un virage à gauche des démocrates ?

Dans l'Etat américain du Michigan, le progressiste Abdul El-Sayed a remporté la primaire démocrate face à la centriste plus modérée Haley Stevens. Il sera ainsi candidat du Parti démocrate aux élections sénatoriales partielles de novembre. La presse européenne discerne une tendance à gauche et fait le point.

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Le Monde (FR) /

Vers un renforcement de l'opposition

Dans son éditorial, Le Monde voit dans les positions progressistes une opportunité pour les démocrates :

«Ces idées, en vérité, comblent un vide programmatique que la présidence de Joe Biden, entre son refus de prendre en compte la question de l'immigration illégale et son déni concernant la persistance de l'inflation, a laissé entier. Il y a urgence pour les démocrates à élaborer un contrat social qui tire les leçons de la défaite de 2024 tout en prenant en compte ce que méprise, hélas, la présidence de Donald Trump, comme le dérèglement climatique ou les effets potentiellement mortifères de la révolution de l'intelligence artificielle. Cette vision pourrait rapprocher, sinon réconcilier, ces deux ailes démocrates … . Elle faciliterait également la sélection du candidat capable de la défendre.»

Politiken (DK) /

Mamdani et El-Sayed montrent la voie

Politiken entrevoit un possible virage à gauche :

«Le degré de colère des électeurs à l'encontre de Trump et de son mouvement MAGA est-il si grand qu'il pourrait ouvrir la porte à la gauche américaine ? C'est manifestement le pari d'Abdul El-Sayed, d'où l'importance que revêt l'élection sénatoriale de novembre dans le Michigan. Une victoire d'El-Sayed dans un tel Etat prouverait que les démocrates peuvent aussi amorcer un virage à gauche similaire à la présidentielle. … Les victoires de Zohran Mamdani à New York l'an dernier et d'Abdul El-Sayed dans le Michigan soulignent ce potentiel.»

Corriere della Sera (IT) /

Les deux partis deviennent populistes

Corriere della Sera fait l'analyse suivante :

«Donald Trump a fait main basse sur son propre parti en 2016, et depuis hier, il a officiellement réussi à faire en sorte que le Parti démocrate soit noyauté par des candidats issus du mouvement populiste de gauche. … On voit souvent s'imposer, contre toute attente, des candidats débutants ou quasi débutants, appartenant à l'organisation Democratic Socialists of America (DSA), d'autres s'alignant sur les positions clés de celle-ci, même s'ils le font depuis l'extérieur. … Il s'agit d'une vague populiste qui se fonde sur plusieurs revendications : couverture santé universelle, impôt sur la fortune, suspension des aides financières à Israël, soutien à la Palestine, réforme de la police et du système carcéral, transition verte.»

Avvenire (IT) /

Un soulèvement contre l'establishment

Avvenire se penche sur le profil des nouveaux candidats :

«Les primaires de 2026 brossent de fait le tableau d'une révolte des 'outsiders' contre les 'insiders', des populistes contre l'élite, des candidats combatifs contre les pros de la comm'. Parmi les vainqueurs, on trouve des ouvriers, des syndicalistes, un pompier, un ex-pompier parachutiste, des enfants issus de familles immigrées. Et dans la forme, leur message ressemble à celui qui avait permis à Trump de transformer le Parti républicain. Le trumpisme comporte lui aussi, du reste, des éléments d'un interventionnisme économique qui était jadis associé à la gauche.»

Aftonbladet (SE) /

Des positions claires face à la bouillie centriste

Les électeurs aspirent au changement, constate Aftonbladet :

«Les scrutins américains et la vague de socialistes qui tendent à s'imposer dans le pays montrent que les citoyens en ont assez de voir la classe politique pencher de plus en plus au centre ; de voir qu'il en résulte une bouillie qui tend à estomper toujours plus les contours de la droite et de la gauche, et qui ne fait que préserver le système – un système pourtant conçu de manière à désavantager la majorité des simples citoyens.»

Berlingske (DK) /

De moins en moins fiable ?

Berlingske fait part de ses inquiétudes :

«Ce développement est dangereux pour l'establishment démocrate, mais aussi pour tous ceux qui aspirent à une stabilisation politique du pays. Si les démocrates accomplissent un virage marqué à gauche, le pays finira par être le théâtre d'un affrontement entre le populisme de droite de Trump et un nouveau populisme de gauche. Il sera quasiment impossible de forger des compromis politiques – qui sont du reste déjà durs à obtenir. Et cela ne fera qu'attiser la polarisation. Si les Etats-Unis se retrouvent tiraillés entre deux pôles populistes, ils seront un partenaire encore plus instable pour le reste du monde.»