Hongrie : un ancien juge bientôt président ?
Le parti Tisza propose András Baka comme nouveau président hongrois, après avoir écourté le mandat du président Tamás Sulyok, proche du Fidesz, par un amendement constitutionnel. Par le passé, Baka avait assumé la fonction de juge à la Cour européenne des droits de l'homme. Nommé président de la Cour suprême hongroise en 2009, il avait été destitué de son mandat en 2011 par un amendement constitutionnel émanant du Fidesz. L'élection de Baka est prévue pour mardi.
Une contradiction abyssale
András Baka enfreint ses propres principes, juge le quotidien Magyar Nemzet, proche du Fidesz :
«Le charme croustillant du mode opératoire est à chercher du côté d'András Baka lui-même. Vous vous souvenez de 2011 ? Baka s'était épanché dans la presse sur son chagrin de voir son mandat expirer en raison de la restructuration institutionnelle. … A l'époque, Baka avait déclaré avec une véhémence incroyable que 'les mandats publics au-delà des cycles électoraux étaient garants de l'Etat de droit'. Aujourd'hui en revanche, il préconise sans sourciller cette législation rétroactive et personnalisée même qu'il avait attaquée à l'époque.»
Une reconstruction au lieu d'une démolition ?
Il faudra apprécier le changement de président à l'aune de son impact, estime Népszava :
«A l'époque [en 2011], András Baka avait en effet été destitué de son poste de président de la Cour suprême par le Fidesz avec une méthode [amendement constitutionnel à la majorité des deux tiers] similaire à celle récemment utilisée par le parti Tisza contre Tamás Sulyok. … Soulignons toutefois une différence énorme : la destitution de Baka à l'époque avait été l'une des innombrables étapes vers l'abolition de l'Etat de droit, alors que son élection à la tête de l'Etat contribue - ou peut contribuer - à la reconstruction de celui-ci. … Il faut déjà saluer le fait que le Tisza n'ait pas cherché à attribuer ce poste à un politicien du parti.»
Il peut librement suivre ses principes
András Baka n'est probablement pas mu par des intérêts égoïstes, écrit Magyar Hang :
«Au regard de ce qu'il a accompli jusqu'alors et de ses déclarations, il est difficilement imaginable qu'il soit mu dans sa fonction prestigieuse par de vils sentiments de vengeance. … Si conflit il devait y avoir, ce serait probablement avec le parti Tisza qui s'appuie sur une majorité des deux tiers. András Baka, qui a déjà critiqué les amendements constitutionnels de la nouvelle majorité, n'est pas contraint de faire des cadeaux à ses électeurs, sa fonction étant limitée à un seul mandat. Il n'a donc aucun intérêt à s'embarquer dans des jeux de pouvoir.»