Syrie : Assad condamné à mort par contumace
Un tribunal de Damas a condamné à mort par contumace l'ancien président syrien, Bachar Al-Assad. Il était accusé du meurtre intentionnel de plusieurs personnes, de torture, de détention arbitraire et de crimes contre l'humanité. Assad et son frère Maher, lui aussi condamné à mort, ont fui en Russie en décembre 2024. Leur extradition semble exclue pour le moment.
Un exil luxueux à Moscou
Assad n'a pas vraiment à s'inquiéter, écrit Corriere della Sera :
«Dans les 13 années de répression du soulèvement contre lui – qui s'est transformé en guerre civile –, ses sbires ont fait couler beaucoup de sang. … Le dictateur passe son exil dans le luxe de Moscou et sous la protection du Kremlin, entre un appartement-terrasse fastueux du centre de la capitale et une villa dans les banlieues riches. Tandis que les services secrets et l'armée affamaient les villes et les villages insurgés, sa femme Asma continuait d'acheter des meubles de designers sur Internet : la famille n'a certes pas pu les prendre avec elle, mais sur ses comptes russes l'attendaient les milliards accumulés pendant la dictature.»
L'histoire rattrape souvent les criminels
The Daily Telegraph y voit aussi un avertissement pour le garant d'Assad, Vladimir Poutine :
«Les Syriens ont subi des décennies de répressions avant finalement de se révolter contre Assad. Les Russes, eux aussi, pourraient décider un jour qu'ils en ont assez de Poutine. Les dictateurs croient souvent que l'emprise de la peur durera indéfiniment. … Les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité ne disparaissent pas d'eux-mêmes, comme par magie, simplement parce que leur auteur dispose d'une armée, d'un palais ou d'un ami puissant. … Assad peut se cacher aujourd'hui à Moscou, mais l'histoire n'a pas la mémoire courte. Vladimir Poutine, le protecteur d'Assad, ferait bien de ne pas l'oublier.»
Une occasion manquée
Le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung fait part de son scepticisme :
«Il s'agit essentiellement, ici, d'une mesure symbolique. Le nouveau régime, sous la houlette du président de transition Ahmed Al-Charaa, fait ainsi preuve de dynamisme sur une question très chargée émotionnellement. Il exerce également un effet dissuasif sur ceux qui rêveraient encore d'un rétablissement de l'ancien régime – même si la nouvelle justice syrienne renonçait aux condamnations à mort et à leur mise en œuvre. Dans le meilleur des cas, les nouveaux dirigeants à Damas ont gagné du temps pour mettre en place une justice transitoire, chargée d'élucider de manière minutieuse et transparente les crimes du régime Assad. Mais ce verdict, rendu en quelques mois seulement, est une occasion manquée.»