Les USA misent-ils sur une guerre économique contre l'Iran ?

Alors que l'accord-cadre de soixante jours entre les Etats-Unis et l'Iran a pris fin, aucun accord de paix ne se profile. Trump a menacé Téhéran de guerre économique, indiquant vouloir punir tous les Etats commerçant avec l'Iran. Le président américain a vertement interpelé les dirigeants d'Oman. "On pulvérisera le pays à coup de bombe s'il se met en travers des Etats-Unis", a-t-il déclaré. De son côté, Téhéran a menacé d'attaquer les alliés des Etats-Unis.

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Frankfurter Rundschau (DE) /

Seul point positif : moins de passes d'armes en perspective

Selon Frankfurter Rundschau, les nouvelles menaces proférées par Washington sont révélatrices d'un changement de ligne :

«Elles sont l'aveu que le conflit avec l'Iran est impossible à gagner à court terme, ni militairement, ni diplomatiquement. Les sanctions économiques annoncées ont vocation à faire plier, à terme, le régime de Téhéran, économiquement exsangue. On peut en déduire que la population iranienne sera dorénavant épargnée par les attaques américaines et que les ressortissants des pays du Golfe ne subiront plus de frappes de représailles iraniennes. Hormis cela, il n'y a pas de bonnes nouvelles. Les prix de l'énergie resteront élevés et continueront de peser sur l'économie mondiale. Quant aux mollahs, ils ne cesseront pas de terroriser les Iraniennes et les Iraniens.»

Český rozhlas (CZ) /

Les régimes totalitaires sont durs à cuire

Český rozhlas commente :

«On a presque l'impression que Trump, ne sachant pas comment mettre un terme au conflit avec l'Iran, fuit dans un genre de monde parallèle. Dans son narratif, les Etats-Unis seront à nouveau maîtres de la situation dans le Golfe Persique, ce qui les dispensera de nouvelles frappes militaires contre l'Iran. Un blocus économique suffira à pousser l'Iran à capituler. ... Le ministre des Finances de Trump, Scott Bessent, parle d'un blocus sans précédent dans l'histoire de l'humanité. C'est sans compter que l'Iran peut endurer longtemps des contraintes économiques. Un régime totalitaire a un seuil de tolérance bien plus élevé que des Etats démocratiques.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) /

L'échec de la politique de Trump

La Chine serait la seule à pouvoir faire pression sur l'Iran, souligne Frankfurter Allgemeine Zeitung :

«Pékin a les Américains dans sa poche en raison notamment de la dépendance des Etats-Unis aux matières premières critiques. Les Chinois ne laisseront pas tomber l'Iran, étant eux-mêmes dépendants des livraisons de pétrole iraniennes. Ils se frottent les mains que les forces armées américaines aient du fil à retordre dans le golfe persique au lieu de patrouiller dans les eaux du Pacifique. ... Trump creuse ainsi sa propre tombe. Il n'atteindra pas ses objectifs politiques saugrenus et démesurés, d'autant qu'il n'emprunte pas les bons chemins pour y parvenir.»

Süddeutsche Zeitung (DE) /

Faute de pouvoir mordre, Trump aboie

Süddeutsche Zeitung explique la raison des menaces proférées contre le sultanat d'Oman :

«Trump entend donner à ses électeurs aux Etats-Unis le sentiment que la puissance militaire américaine, embourbée dans le détroit d'Ormuz, peut continuer à faire ce qu'elle veut. Mais ce n'est pas le cas. Derrière les menaces proférées contre Oman, il y a un constat amer. Disposant du contrôle d'Ormuz, Téhéran a les cartes en main. Pour conforter le contrôle de ce détroit si important pour l'approvisionnement énergétique de la planète, l'Iran doit s'assurer au plus vite le concours de ses voisins arabes – Saoudiens, Irakiens, Koweïtiens, Emiratis. Et surtout celui des Omanais, ses voisins sur la rive occidentale du détroit. Téhéran espère qu'à la fin de cette guerre, un système de sécurité collectif pourra voir le jour dans le Golfe. Les Etats-Unis, puissance garante de la sécurité des Arabes, en seraient exclus. … L'Iran aurait la suprématie dans le Golfe. Voilà pourquoi Trump aboie si fort.»

Tages-Anzeiger (CH) /

Un tapage peu efficace

Le quotidien Tages-Anzeiger croit déceler une posture désespérée :

«Donald Trump est un mauvais perdant. Les dirigeants de Téhéran l'ont compris depuis bien longtemps et en six mois de conflit, ils ont réussi avec brio à le mettre dans la panade sur le plan militaire et politique. Trump doit donc réévaluer le peu d'atouts qu'il a encore en jeu. Va-t-il trouver un as ou un joker ? Il n'y a pas eu de victoire écrasante par les airs. Le deal politique consistant à ouvrir le détroit d'Ormuz a fait flop. Contraindre économiquement la République islamique risque de prendre un certain temps et il n'est pas dit que l'issue soit favorable. Que faire dans ces cas-là ? Il ne reste qu'à semer la pagaille.»

Večernji list (HR) /

L'Europe pourrait être prise pour cible

Večernji list se dit préoccupé :

«En cas de nouvelle escalade avec les Etats-Unis, l'Iran pourrait étendre le conflit bien au-delà au Proche-Orient, voire menacer directement l'Europe. … Téhéran envisage des attaques sur des cibles militaires américaines en Europe du Sud-Est. ... Au lieu de se limiter à des frappes contre les Etats-Unis au Proche-Orient, Téhéran serait susceptible de montrer à Washington que l'escalade pourrait frapper les alliés et les capacités militaires à des milliers de kilomètres de l'Iran. … L'Europe passerait d'observateur du conflit à un nouveau front.»