Israël : Nétanyahou peut-il s'imposer aux législatives ?
Les Israéliens éliront mardi un nouveau parlement, la Knesset : les principaux enjeux de la campagne électorale sont la politique étrangère et sécurité, des éventuelles erreurs commises lors de la riposte à l'attaque du Hamas en 2023, le service militaire des ultra-orthodoxes et la forte inflation. Selon les sondages, le bloc religieux de droite dirigé par le Premier ministre Benyamin Nétanyahou et les forces plus modérées regroupées autour de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot sont au coude-à-coude.
En relation directe avec Washington
La visite surprise de Pete Hegseth ce lundi avait apparemment pour but d'aider Nétanyahou à marquer des points auprès de ses électeurs, analyse l'expert militaire Alexandru Grumaz dans Adevărul :
«Le fait que le ministre américain de la Défense vienne s'entretenir avec lui sur une base militaire, huit jours avant les élections, renforce l'image d'un Premier ministre ayant un accès direct aux décisions de Washington. Pour l'électeur, le message est facile à comprendre : un changement de gouvernement entraînerait également le remplacement de la personne chargée d'entretenir cette relation à un moment périlleux. C'est un argument électoral de poids, même si le partenariat entre deux Etats ne devrait pas dépendre de la personne qui les dirige.»
L'importance de changements, même minimes
TVNet explique pourquoi un changement de gouvernement ne modifiera pas forcément le cours des choses :
«Dans l'absolu, il est clair que le départ de Nétanyahou ne signifie pas automatiquement qu'Israël soit prêt à mettre fin aux guerres ou à soutenir le droit des Palestiniens à disposer de leur propre Etat. De nombreux électeurs souhaitent un gouvernement plus responsable, mais restent favorables aux opérations militaires. Une victoire de l'opposition ne peut donc pas être interprétée comme une demande claire de changement de cap dans les relations avec les Palestiniens et autres voisins. Néanmoins, même limités, des changements seraient importants pour les deux parties.»
Dernière chance avant l'abîme
Lors des élections, les Israéliens doivent mettre un frein à Nétanyahou, exhorte Le Temps :
«Car ces dernières années ont transformé Israël de fond en comble : un pays dirigé par un premier ministre qui est poursuivi pour crimes contre l'humanité par la justice internationale ; une situation de guerre ouverte avec bon nombre de voisins de la région. ... Des dizaines de milliers d'Israéliens ont déjà fui ce pays qu'ils ne reconnaissent plus. ... Un éventuel départ de Nétanyahou ne suffirait sans doute pas à une telle remise en cause fondamentale, aussi impérative soit-elle. Mais au moins permettrait-il aux Israéliens, peut-être, d'interrompre leur formidable course à l'abîme.»
Une campagne envenimée par le militarisme
El Periódico de Catalunya craint une détérioration de la situation :
«Les élections approchent en Israël, avec la fragmentation habituelle du paysage politique. ... [Une] militarisation des esprits prévaut aujourd'hui, ainsi que l'idée que la première défaite jettera les Israéliens à la mer ; c'est ainsi que s'enveniment les slogans électoraux, avec une société palestinienne épuisée, la crise énergétique qui fait rage et que toute la région, de l'Egypte à l'Iran est condamnée à vivre dans l'incertitude. ... Cette atmosphère tendue risque de s'aggraver encore plus si l'issue des élections retarde la formation d'une majorité au sein de ces partis incompatibles – parce que toute situation est susceptible d'empirer.»
Tollé chez les ultra-orthodoxes
Selon Kronen Zeitung, le recrutement obligatoire des juifs ultra-orthodoxes fait actuellement grand bruit :
«Une semaine à peine avant les élections, une bombe électorale a éclaté, attisant plus de passions que n'importe quel autre sujet : les privilèges des ultra-orthodoxes (appelés Haredim), notamment en matière de service militaire obligatoire. Israël est en guerre et les soldats se font rares. L'armée a désormais montré l'exemple. Elle a intercepté à l'aéroport de Tel-Aviv un avion en provenance de New York transportant de jeunes Haredim de retour au pays. Deux bus attendaient à l'extérieur : à droite, celui menant à la distribution des uniformes et à gauche, celui pour la prison militaire. S'en est suivi un tollé parmi les Haredim. Depuis des années, leurs partis, partenaires de coalition très convoités, font pression pour obtenir des privilèges coûteux. … Les Haredim sont littéralement devenus une question de foi.»