En quoi le PiS a-t-il transformé la Pologne ?

Le parti national-conservateur PiS est au pouvoir depuis maintenant un an en Pologne. Son gouvernement avait adopté une série de lois transformant les institutions publiques, suite à quoi l'UE a engagé une procédure de sauvegarde de l'Etat de droit contre le pays-membre. Le projet d'interdiction totale de l'avortement a cependant été abandonné. Les commentateurs polonais dressent un bilan mitigé de la première année du PiS au pouvoir - à l'image d'un pays divisé.

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Gazeta Wyborcza (PL) /

Après un an, un pays désuni

Le bilan que dresse le quotidien libéral Gazeta Wyborcza de cette année de mandat n'a rien de positif :

«Le dédain que le PiS a témoigné à l’UE, surtout au chapitre des valeurs démocratiques, a plongé la Pologne dans l’isolement. Le pays a perdu sa place au sein de l’Union. Nous ne pouvons compter ni sur le soutien de l’Allemagne, ni sur celui de la France, que le gouvernement polonais a tous deux rabroués. Pas plus que sur la Grande-Bretagne, qui ne s'occupe que de ses propres affaires depuis le référendum sur le Brexit. De surcroît, la victoire de Trump a placé un gros point d’interrogation sur l’alliance avec les Etats-Unis. En l’espace d’une année, Kaczyński a réussi, avec l’aide du président Duda et de la Première ministre Szydło, à réduire à néant les organes démocratiques que la Pologne avait mis des décennies à mettre en place. Ils ont éhontément profané la Constitution. … C’est la pire année qu’ait connue la Pologne depuis 27 ans.»

Gość Niedzielny (PL) /

La protection de la famille releguée au second plan

Le portail catholique Portal Gość Niedzielny dresse un bilan mitigé :

«La réussite du PiS après un an au pouvoir est d’avoir tenu sa promesse de campagne en transformant l’Etat de sorte à restaurer davantage de solidarité. Sa défaite est de ne pas avoir transformé le droit en statuant sur des questions de morale. Le PiS avait fait campagne sur une meilleure répartition des biens et sur le bien-être des familles. Ce sont des promesses qu’il a indubitablement tenues. … Cependant, au cours des deux mandats précédents, où les députés PiS étaient minoritaires au Sejm, ils avaient voté pour une interdiction totale de l’avortement et contre l’insémination artificielle. Ils étaient opposés à l’idéologie du genre, à la convention du Conseil de l’Europe contre les violences conjugales ainsi qu’à l’union civile. Mais maintenant qu’ils sont dans la majorité, ils se désintéressent totalement de ces sujets.»

Super Express (PL) /

La politique sociale n'est plus taboue

Le PiS a enfin mis le thème de la justice sociale à l’ordre du jour, se réjouit le journal à sensation conservateur Super Express :

«Du point de vue des citoyens, la politique sociale est la plus grande priorité, elle est le mot d'ordre des dirigeants du PiS. On voit clairement que le PiS a inversé la tendance qui prévalait jusqu’ici sur cette question. Depuis le début de transition [vers la démocratie et l'économie de marché], l’Etat social s’est effondré. La majorité des citoyens est laissée pour compte. Voici que l’équipe de Kaczyński a défini une autre priorité : non seulement a-t-elle fait le choix de mener une politique publique active, mais elle a également réussi à gagner le soutien des Polonais à cette cause. C’est le signe qu’elle rejette le darwinisme social. ... Pour ce changement, le PiS mérite des éloges.»

Newsweek Polska (PL) /

L'instauration d'un Etat religieux

Le PiS et l’Eglise se sont ligués pour abolir l’Etat de droit, professe le magazine libéral d’informations Newsweek Polska :

«Nous ignorons le rôle que joue la foi dans la vie de Jarosław Kaczyński. Nous ignorons également sa position par rapport à Jésus Christ. Sur le sujet, Kaczyński est aussi loquace qu’une tombe. Or nous savons parfaitement le rôle que l’Eglise joue dans son projet politique. Il a abondamment évoqué le sujet. Il a également montré, au cours des douze derniers mois, ce que signifiait l'affinité entre l’autel et le trône du PiS. L’Eglise est un instrument politique qui a pour dessein de mobiliser les croyants et les électeurs. Cette union a surtout vocation à attiser des émotions négatives. … Nous avons vu la diffusion de l’évangile, dont l’essence est la miséricorde et la solidarité, remplacée par une hérésie catholique. C’est cet amalgame entre le trône et l’autel qui a transformé l’Etat de droit démocratique en un Etat religieux dirigé par le PiS.»