Européennes 2019 : quel est l'état de l'Union ?

Pour la neuvième fois de l'histoire, les citoyens européens éliront en mai 2019 leur nouveau Parlement, soit environ deux mois après la date prévue pour le Brexit. Les observateurs s'attendent à un essor du populisme, de l'extrême droite et de l'europhobie. Les journalistes font un état des lieux de l'Union et conjecturent sur son avenir.

Ouvrir/fermer tous les articles
La Repubblica (IT) /

L'idée de l'Europe doit devenir un sentiment

Dans les concerts de son groupe U2, la star du rock Bono brandit le drapeau européen. Dans La Repubblica, il résume son credo en ces termes :

«Pour les nationalistes, la diversité constitue un danger. Ils exigent l'uniformité et veulent chasser les différences. Leur vision de l'avenir ressemble à mes yeux beaucoup au passé. ... J'aime nos différences : nos dialectes, nos traditions, nos particularités. ... Je crois qu'ils laissent encore la place à ce que Winston Churchill appelait 'un patriotisme élargi' : des allégeances plurielles, des identités à plusieurs niveaux, pour être à la fois Irlandais et Européens, Allemands et Européens et pas seulement l'un ou l'autre. ... Les vrais patriotes recherchent l'unité au-dessus de l'homogénéité et c'est là que réside le vrai projet européen. Pour pouvoir résister dans ces temps difficiles, l'idée de l'Europe doit devenir un sentiment.»

Causeur (FR) /

La stratégie anti-Orbán de Macron est dangereuse

Emmanuel Macron commet une grave erreur en se posant en adversaire de Viktor Orbán dans la campagne électorale européenne, rappelle Aymeric Chauprade, député européen et ancien conseiller de Marine Le Pen, dans Causeur :

«Si l'Union européenne continue à ne pas vouloir entendre des gouvernements d'Europe centrale qui sont les porte-paroles, non seulement de leurs peuples, mais aussi, de plus en plus, des opinions publiques de toute l'Europe, elle sera balayée d'ici quelques années. Mais il y a une deuxième raison pour laquelle Emmanuel Macron ferait bien de ne pas jouer avec le feu de l'Est : diaboliser les gouvernements d'Europe centrale n'a pour effet que de consolider tantôt l'atlantisme (cas de la Pologne et des pays slaves), tantôt l'inclination vers Moscou (cas de la Hongrie).»

L'Opinion (FR) /

La refondation de l’Europe ou rien

Dans L'Opinion, l'ex-Premier ministre belge et actuel eurodéputé libéral Guy Verhofstadt appelle à une refondation de l'UE :

«Cet épisode désastreux de l'histoire de la construction européenne pose question à nos concitoyens et on ne peut laisser seuls les populistes dérouler en réponse leurs slogans idiots. On ne peut pas davantage suivre la petite musique apathique des conservateurs dont les atermoiements conduiraient à un statu quo mortifère. L'heure de vérité a sonné. Ce sera la refondation de l'Europe ou rien. La politique des petits-pas n'est plus tenable. Les forces pro-européennes doivent s'unir pour offrir une alternative nouvelle et conquérante afin de bâtir une Europe que plus personne ne voudra jamais quitter.»

Jyllands-Posten (DK) /

Le Parlement européen, premier ennemi de l'UE

Jyllands-Posten est scandalisé par la rémunération des eurodéputés :

«Selon le site Web du Parlement européen, le salaire annuel perçu par les parlementaires est de 770.000 couronnes [103.000 euros]. Les frais de déplacements sont remboursés sur présentation d'une facture et les séances sont également dédommagées. N'oublions pas les indemnités journalières d'un montant de 2.280 couronnes [306 euros]. A ceci s'ajoute l'octroi mensuel de 33.000 couronnes [4.435 euros], non imposables, pour frais de bureau. Quand on pense au nombre de journées que les députés passent loin de chez eux, il est normal qu'ils méritent un salaire en conséquence. ... Mais il est indéniable que les 751 eurodéputés n'ont pas compris que leur manière de disposer de l'argent du contribuable est délétère pour l'UE. ... L'Union a beaucoup d'ennemis, mais le plus grand est le Parlement européen.»

Dennik N (SK) /

Virage à droite, grand défi pour l'Europe

Il faudrait être aveugle pour ne pas voir une droitisation de l'UE dans la perspective des européennes, écrit Dennik N, qui s'appuie sur le rapport de l'eurodéputée néerlandaise Judith Sargentini :

«L'espoir que les extrémistes de droite soient mis sur la touche et que marginalisés, ils disparaissent, est resté un vœu pieux. Au contraire, le niveau de solidarité et de tolérance a baissé. On reprend le vocabulaire de l'extrême droite, prétendument pour lui couper l'herbe sous le pied. Dans ce contexte, le soutien apporté par le Parlement européen au rapport de Mme Sargentini prend toute son importance. Il énonce clairement que le danger pour l'Europe n'émane pas de Trump et de Poutine, mais d'Orbán et ses acolytes, qui, bien qu'ils passent pour eurosceptiques, sont en réalité extrémistes et antidémocratiques.»