Le Parlement européen freine l'accord avec le MERCOSUR
Le Parlement européen a adopté à une courte majorité une résolution demandant de soumettre l'accord commercial signé ce week-end entre l'UE et les Etats d'Amérique latine du MERCOSUR à l'approbation de la Cour de justice de l'UE. Celle-ci doit vérifier sa validité en vertu du droit européen, ce qui pourrait retarder la ratification du traité de près de deux ans. Les médias européens font le point sur les conséquences et la portée de cette décision.
La Commission devrait passer outre le Parlement
Le Parlement européen, par son vote, a déclaré sa propre faillite, juge le quotidien Süddeutsche Zeitung :
«Ce vote prouve l'aveuglement géostratégique des forces de gauche (et de droite) en Europe qui ont soutenu la motion – dont les Verts –, et qui semblent être complètement perdues. … La même semaine où un Trump caressant l'idée d'une annexion du Groenland piétine les restes de l'alliance atlantique, quelques eurodéputés doctrinaires ridiculisent leur UE bien-aimée. La Commission devrait exercer son droit de passer outre le Parlement pour faire entrer en vigueur l'accord sans attendre et sans le ratifier. Elle ne voulait pas emprunter cette voie, mais elle est en droit de le faire. Elle n'a plus le choix.»
Un signal d'insécurité et de faiblesse
ABC critique une démarche contreproductive :
«C'est une gifle infligée à la Commission européenne et notamment à Ursula von der Leyen, qui a fait de ce traité une priorité stratégique. Le conflit institutionnel est inédit : alors que la Commission recherche une entrée en vigueur accélérée de l'accord, le Parlement a contesté sa base légale. … Le vote a uni des extrêmes idéologiques rejetant un accord défendu par Bruxelles comme un bouclier commercial contre l'isolationnisme de Trump. Cette décision ralentit la diversification économique de l'Europe et envoie un signal d'insécurité juridique et de faiblesse au moment où se fait ressentir le besoin urgent de projeter de la puissance.»
L'agriculture européenne en danger
Le Soir appelle à améliorer l'accord avec le MERCOSUR :
«Les craintes de plusieurs secteurs de l'agriculture sont la manifestation la plus évidente que certains redoutent d'être sacrifiés sur l'autel de la balance commerciale, brutalement exposés à la concurrence d'un modèle agro-industriel qui promet de les laminer. Faut-il, dans ces accords de libre-échange, considérer les produits agricoles comme n'importe quels autres biens, mis sur le même pied que des automobiles ou des machines-outils ? La question est brûlante, à l'heure où la Commission s'apprête à signer un autre accord de libre-échange, avec l'Inde cette fois.»