Ukraine : un arrêt momentané des frappes aériennes ?

Selon Donald Trump, la Russie aurait accepté, à sa demande, de ne plus frapper les villes ukrainiennes pendant une semaine, en raison du froid extrême en Ukraine – des propos que le Kremlin n'a pas commentés. Un "cessez-le-feu énergétique", discuté depuis longtemps, pourrait toutefois déjà être en vigueur, les deux belligérants ayant pratiquement cessé de mener des frappes sur les infrastructures énergétiques depuis jeudi. Les médias se penchent sur la question.

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Censor.net (UA) /

Une trêve faute de munitions

Dans un post Facebook relayé par le site Censor.net, le blogueur Denys Kazansky évoque les raisons de l'arrêt momentané des frappes :

«Si une trêve devait bel et bien avoir lieu, elle ne s'expliquerait que d'une seule façon: la Russie a provisoirement épuisé ses stocks de missiles et ne peut tout simplement plus mener d'attaque pour le moment. Dernièrement, la Russie a frappé Kyiv avec des missiles [hypersoniques] 'Zircon' ainsi qu'avec des projectiles fabriqués en janvier 2026, c'est-à-dire avec tout ce qu'elle a pu trouver ou bricoler. … On est peut-être arrivé à un point où les Russes doivent reconstituer leurs stocks pour de futures attaques, conformément au schéma suivi ces quatre dernières années. … Une phase d'accumulation que les Russes chercheront à présenter comme un 'geste de bonne volonté' et un 'accord généreux en faveur d'un cessez-le-feu'.»

Nikolaï Mitrochine (RU) /

Au moins un bref répit

Sur Facebook, le politologue Nikolaï Mitrochine espère que la trêve sera prolongée :

«Difficile de savoir quel est le stock de missiles russes encore disponibles et quel est leur type. Depuis un certain temps déjà, ce ne sont plus les missiles qui infligent les dégâts les plus graves aux infrastructures ukrainiennes, mais les drones, que la Russie fabrique chaque jour par centaines, qu'elle modernise sans cesse et qu'elle lance chaque nuit par vague de 300 à 500. … On peut espérer que la trêve énergétique soit prolongée et qu'aucun camp ne la violera. Quoi qu'il en soit, je me réjouis que les Ukrainiens aient obtenu ce répit, du moins sur ce point-là.»

The Guardian (GB) /

Un crime de guerre

La Russie se sert de l'hiver comme d'un instrument de terreur, fustige The Guardian :

«Les Ukrainiens commencent à qualifier cette réalité par le terme de 'Kholodomor' – la mort par le froid –, en référence à l'Holodomor, la famine provoquée délibérément par Staline dans les années 1930 pour soumettre l'Ukraine. A l'époque, l'arme était la faim ; désormais, c'est l'hiver. Dans les logements, les gens chauffent des briques sur des réchauds à gaz et les utilisent comme des radiateurs de fortune. Les familles installent des tentes de randonnée dans leurs chambres, et s'y tapissent, vêtues d'habits thermiques et emmitouflées dans des sacs de couchage. … En Ukraine, le froid est une arme aussi mortelle que les drones qui bourdonnent dans le ciel nocturne gelé, à la recherche de proies. Il faut que le monde nomme enfin les choses par leur nom : il s'agit-là d'un crime de guerre.»

Süddeutsche Zeitung (DE) /

Se rendre dans le froid glacial de Kyiv

Süddeutsche Zeitung déplore que les politiques européens ne se déplacent pas en Ukraine :

«Au vu notamment d'une administration américaine se muant en adversaire, l'Allemagne et l'Europe devraient s'occuper d'avantage du sort de l'Ukraine. … Pour ce faire, elles disposent de leviers : le pays de Poutine souffre davantage des sanctions que le Kremlin ne veut bien l'admettre. Les Européens devraient avoir l'ambition de participer aux pourparlers de paix et chercher de nouveaux canaux à cet effet. En s'adressant par exemple à la Turquie, qui a été un bon intermédiaire au début de la guerre. Dépêcher un groupe de visiteurs de premier plan à Kyiv, ville paralysée par le froid, enverrait certainement un message positif et symbolique.»

Serhiy Taran (UA) /

Le Kremlin dans l'impasse

Dans un post Facebook, le politologue Serhiy Taran juge que Poutine aura deux options à l'issue de la trêve :

«Les deux lui sont défavorables. S'il reprenait les frappes sur les infrastructures énergétiques civiles ukrainiennes, ce serait une atteinte à la réputation de Trump, et le président américain serait contraint de réagir. Pas nécessairement parce que celui-ci serait déterminé à agir contre la Russie, mais parce qu'il doit faire preuve de détermination vis-à-vis des électeurs américains, qui seront bientôt appelés aux urnes. Mais s'il ne reprenait pas ses frappes, Poutine démontrerait sa faiblesse et sa dépendance vis-à-vis de Trump, qui s'avérait être une plus grande autorité pour lui que les fascistes russes, qui appellent au contraire à profiter du froid pour continuer à bombarder les villes ukrainiennes.»