Législatives japonaises : victoire écrasante de Takaichi

Le Parti libéral-démocrate (national-conservateur) a remporté une victoire écrasante aux législatives japonaises. Sous l'égide de Sanae Takaichi, devenue Première ministre en octobre dernier seulement, le PLD a remporté plus de deux tiers des sièges à la Chambre basse – un score inédit dans le Japon d'après-guerre. Takaichi entend réarmer fortement le Japon afin de créer un contrepoids à la Chine dans la région.

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Frankfurter Rundschau (DE) /

Aucune raison d'être fière

Le quotidien Frankfurter Rundschau se montre critique :

«Elle n'a pas laissé le temps à ses rivaux de s'organiser – ce qui aurait aggravé le désintérêt généralisé pour la politique – ; de surcroît, la première femme à diriger un gouvernement japonais ne devrait pas être fière des contenus de sa campagne. ... Elle a surfé sur le climat xénophobe pour booster sa propre popularité. Elle a récemment affirmé que dans sa ville natale de Nara, où des cervidés circulent en toute liberté, les étrangers agresseraient les animaux. La ville a indiqué ne pas être au courant de tels cas. … Takaichi entend mener une politique de 'tolérance zéro'. Pourtant, les étranger·ère·s n'enfreignent pas les règles. Il est déplorable qu'une dirigeante, pour justifier son action, raconte des histoires qu'elle ne peut étayer.»

Helsingin Sanomat (FI) /

Sa ligne d'extrême droite pourrait générer des tensions

Le nouveau cap du Japon générera aussi des défis, assure Helsingin Sanomat :

«Avec sa ligne d'extrême droite, qui se révèle dans sa politique vis-à-vis des étrangers et dans une vision de l'histoire qui minimise le passé martial japonais, Takaichi pourrait favoriser la polarisation. Si le Japon verra son rôle renforcé au plan géostratégique, le nationalisme promu par Takaichi pourrait compliquer les activités du pays au sein de la communauté internationale. Les relations avec la Chine, notamment, seront plus tendues. Pour des raisons historiques, la Corée du Sud ne sera pas non plus emballée par le retour du militarisme japonais, même si les liens avec Tokyo revêtent une importance stratégique pour Séoul.»

The Economist (GB) /

Rondement mené

The Economist ne tarit pas d'éloges sur la gagnante du scrutin :

«Takaichi s'est tournée vers les électeurs qui aspirent au changement, ou du moins à ce qui peut y ressembler. Première femme de l'histoire du pays à diriger un gouvernement, elle forme un contraste bienvenu vis-à-vis de ses prédécesseurs, avec ses origines de la classe moyenne et son franc-parler. Ancienne batteuse de heavy metal, elle se montre à son aise sur la scène internationale, notamment avec Donald Trump, le dirigeant du principal allié du Japon. … Si ses promesses de campagne dépensières ont parfois fait frémir les marchés obligataires, elles plaisent aux électeurs. … Ce résultat électoral remarquable reconfigurera la politique japonaise pour les années à venir.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) /

Un signal clair envoyé à Pékin

Pour Tim Kanning, correspondant du journal Frankfurter Allgemeine Zeitung à Tokyo, Takaichi a aussi été élue pour sa position résolue vis-à-vis de la Chine :

«En affirmant que le Japon pourrait intervenir aux côtés des Etats-Unis si Pékin attaquait l'Etat démocratique de Taïwan, elle a provoqué la pire dispute depuis longtemps entre les rivaux asiatiques. La posture diplomatique virulente de Xi était censée intimider les Japonais. Mais avec le soutien clair accordé à Takaichi, ils viennent d'envoyer un signal sans équivoque à Pékin. La pression chinoise a plutôt uni le peuple.»

La Stampa (IT) /

De bon augure pour les démocraties

L'Europe pourrait profiter elle aussi de la victoire de Takaichi, juge La Stampa :

«Ce scrutin assure une stabilité gouvernementale au Japon, fournit un mandat clair à la Première ministre et confère un rôle de poids au pays dans l'espace Asie-Pacifique. C'est une mauvaise nouvelle pour Xi (et pour Poutine) ; une bonne nouvelle pour Taïwan ; une nouvelle encourageante pour les pays asiatiques ainsi que pour Canberra et Wellington ; une nouvelle modérément bonne pour Trump. Pour l'Europe, c'est une opportunité à saisir. A deux niveaux : la jonction entre sécurité dans l'Indo-Pacifique et sécurité dans l'espace euro-atlantique, et la diversification des flux technologiques et commerciaux. L'Italie est susceptible d'en profiter sur les deux plans.»