Hongkong : 20 ans de prison pour l'éditeur Jimmy Lai
Le militant pro-démocratie hongkongais et magnat de la presse Jimmy Lai a été condamné à 20 ans de prison, reconnu coupable, dès le mois de décembre, de "conspiration en vue d'entrer en collusion avec des forces étrangères" et de "sédition". Le tribunal, sis dans la région administrative spéciale de Chine, a fixé le quantum de la peine : Lai a déjà purgé deux ans et devra rester en prison 18 ans de plus.
Londres ne doit pas se laisser faire
Lai ayant aussi un passeport britannique, The Times demande une réaction forte, voire des sanctions :
«Le Royaume-Uni doit maintenant venir en aide à l'éditeur et à ses collègues incarcérés en mettant en place une pression internationale en vue de leur libération. Le Royaume-Uni apportera évidemment son soutien consulaire à Lai. Si cette assistance devait lui être refusée, il doit y avoir des répercussions, notamment pour la méga-ambassade chinoise prévue [à Londres]. Des sanctions ciblées visant des chefs de la police et des fonctionnaires hongkongais devraient être adoptées. Il faut apporter une aide aux Hongkongais vivant au Royaume-Uni et victimes de pressions chinoises. … Pékin doit comprendre que poursuivre un ressortissant britannique a un vrai coût.»
Une condamnation de facto à perpétuité
Lai ne quittera pas la prison vivant, redoute Corriere della Sera :
«Violer la loi chinoise sur la sécurité nationale de Hongkong est passible d'une peine de prison à vie, de telle sorte que 20 ans de prison est loin d'être la peine maximale. Une hypocrisie cynique, car l'opposant hongkongais a eu 78 ans en décembre, et les près de 2 000 jours qu'il a déjà passés derrière les barreaux ont ruiné sa santé. Il souffre de diabète et d'hypertension, ses dents se gâtent, sa famille affirme qu'il a perdu dix kilos – il n'est plus que l'ombre de l'homme puissant qui défilait jusqu'en 2019 dans les grands cortèges à Hongkong. En cas de bonne conduite, il pourrait être libéré en 2044, lorsqu'il aura 96 ans. Ce verdict revient à être condamné à mourir en prison.»
La Chine atteint ses objectifs
Pour Politiken, la peine de prison infligée au militant pro-démocratie Jimmy Lai témoigne de l'absence de scrupules du dirigeant chinois :
«Xi Jinping voulait contrôler Hongkong et étouffer toute velléité de liberté et de démocratie. Il a obtenu ce qu'il souhaitait. Jimmy Lai et Hongkong en paient le prix, ainsi que les Chinois de Chine inspirés par le mouvement de libération hongkongais. C'est justement ce que l'impavide régime de Xi voulait obtenir. … Le Service européen pour l'action extérieure cherche à brosser Xi dans le sens du poil, en affirmant que le verdict 'nuira à la réputation de Hongkong'. Espérons que ce sera le cas. Mais Xi en fera-t-il des insomnies pour autant ? Mieux vaut faire une croix dessus. Mais ne faites pas une croix sur Hongkong – ni sur Jimmy Lai.»
Les démocraties n'ont plus d'incidence
Jouer l'apaisement est contreproductif face à l'autoritarisme, souligne Der Standard :
«20 ans de prison. Et pourtant les réactions restent mesurées, et surtout, inoffensives. L'affaire Lai est ainsi symptomatique de l'impuissance croissante des Etats démocratiques vis-à-vis des systèmes autoritaires, et pas seulement de celui de la Chine. Dans la lutte pour les libertés fondamentales, cela fait longtemps que le régime autoritaire à Pékin l'a emporté. … La condamnation du baron des médias montre une fois de plus que la minimisation des tendances autoritaires entraîne un retour de flamme. Le manque de volonté se solde ensuite par une perte de pouvoir qui s'avère catastrophique à long terme.»