Trump remet en cause l'adhésion des Etats-Unis à l'OTAN

Après les critiques formulées par le ministre américain des Affaires étrangères, Marco Rubio, le président, Donald Trump, a jeté de l'huile sur le feu avec la menace d'un retrait des Etats-Unis de l'alliance militaire. Il envisage sérieusement un départ à l'issue de la guerre en Iran, a-t-il affirmé mercredi dans un entretien. Une annonce qui s'expliquerait par le refus de plusieurs Etats européens de soutenir les Américains dans leurs frappes contre l'Iran. L'Europe doit-elle prendre la menace au sérieux ?

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Polityka (PL) /

Imprévisible, hyperactif et inconstant

Polityka est très préoccupé :

«Nous n'avons pas d'OTAN B. C'est pourquoi Starmer a déjà proposé un 'sommet du Golfe' et annoncé s'engager en faveur du maintien de l'alliance, tout en répétant ses propos sur la nécessité d'un rapprochement avec l'UE. Une alternative européenne se dessine peut-être. … Mais même si l'on se réveillait demain dans le même contexte d'alliance dans lequel on s'endort aujourd'hui, aucune garantie n'existe quant à la pérennité de celui-ci. L'imprévisibilité, l'hyperactivité et l'inconstance du président américain ne concernent plus seulement les rivaux et les ennemis des Etats-Unis, elles ont aussi un impact plus important encore sur ses alliés formels.»

Jyllands-Posten (DK) /

Le rêve de Moscou pourrait se concrétiser

Ce que l'Union soviétique et la Russie n'avaient pas réussi à faire, Trump le réalise aujourd'hui, déplore Jyllands-Posten :

«Le vieux rêve soviétique d'un effondrement de l'OTAN, d'un fossé entre les Etats-Unis et l'Europe, et d'une désunion parmi les pays européens semble devenir réalité. … L'Europe est partie du principe que le lien transatlantique, fondé sur une communauté de valeurs autour de la démocratie, des droits humains et de l'Etat de droit, était si fort que les Etats-Unis interviendraient à la moindre menace. La disparition de cette communauté de valeurs est probablement le constat le plus douloureux. D'un autre côté, cela pourrait peut-être inciter l'Europe à se ressaisir et à défendre ce qui lui tient à cœur.»

Postimees (EE) /

Un sujet sérieux

Postimees s'offusque de la légèreté avec laquelle Trump brandit la menace :

«L'alliance avec les Etats-Unis est scellée par les liens du sang. On ne peut donc pas blaguer avec l'OTAN. Heureusement, le départ des Etats-Unis n'est pas du ressort du président, car le Congrès a adopté une loi en 2023 interdisant à ce dernier de prendre une telle décision sans aval parlementaire. … Si Trump souhaite le concours des Européens pour rouvrir Ormuz, on peut rappeler la proposition du président finlandais, Alexander Stubb : une sécurisation européenne du détroit en contrepartie d'un soutien américain à un accord de paix acceptable pour Kyiv. Ce serait bénéfique à toutes les parties.»

The Times (GB) /

Les Américains ont besoin du soutien européen

Trump ne doit pas oublier que dans sa guerre contre l'Iran, les Etats-Unis ne sont rien sans l'aide européenne, écrit The Times :

«Sans les bases européennes, pas de ravitaillement pour les bombardiers, les avions de combat ou de transport en route vers le Proche-Orient ; pas de frappes aériennes depuis des pistes terrestres et pas de réapprovisionnement rapide. Les Américains pourraient évidemment essayer de mettre sur pied des bases aériennes permanentes en Afrique, mais au prix de gros efforts. Il en va de même pour les bases navales. Le Gerald R. Ford, porte-avions géant américain dernier cri, a dû être retiré du théâtre d'opérations contre l'Iran suite à un incendie survenu dans sa blanchisserie. Le navire est actuellement en Croatie pour des opérations de maintenance.»

Club Z (BG) /

En quête de boucs émissaires

Club Z avance une explication :

«Trump n'a pas consulté ses alliés européens avant le début de la guerre et cherche désormais à justifier ses maigres résultats et son impuissance. … A suivre les communiqués de la Maison-Blanche, on a l'impression croissante que l'on ne cherche plus une solution à la guerre, mais un bouc émissaire à son échec. Et l'approche s'avère aussi chaotique que la gestion de la guerre elle-même.»

France Inter (FR) /

Les Européens progressent

Dans la matinale de France Inter, le chroniqueur Pierre Haski discerne une lueur d'espoir :

«L'heure de vérité est-elle venue ? Donald Trump ne laisse désormais aucune ambiguïté sur son refus de l'article 5 de l'OTAN, qui prévoit le soutien à un membre agressé. Signe de la désinvolture américaine, la Pologne a reçu une demande d'envoyer au Moyen-Orient une partie des missiles Patriot qu'elle a achetés, alors qu'elle se trouve elle-même dans une zone de guerre. Elle a refusé tout net. Finalement, Trump aura appris une chose à l'Europe : à dire 'non'. La France avait payé cher son 'non' à George W. Bush sur l'Irak en 2003 ; mais cette fois, c'est toute l'Europe ou presque qui refuse de suivre l'Amérique dans une aventure militaire inconsidérée. C'est un progrès.»