OTAN : l'Europe face au désengagement américain
Selon le magazine Der Spiegel, les Etats-Unis prévoient de réduire massivement leurs contributions militaires à l'OTAN. Washington aurait l'intention de ne plus mettre à disposition un nombre considérable de dispositifs stratégiques de défense, parmi lesquels des avions de chasse, des navires de guerre, des drones ou des avions ravitailleurs. Les journalistes sont alarmés et tentent de savoir si les capacités de l'Europe sont suffisantes pour assurer sa défense.
Le moment de vérité
La stratégie de défense de l'Europe est désormais au banc d'essai, écrit Obozrevatel :
«On observe une certaine 'panique silencieuse' en Europe, car celle-ci s'attendait à des changements graduels, et non au scénario radical proposé actuellement. Les pays avec un Etat-providence prononcé, déjà fortement lassés de la guerre en Ukraine, et qui partaient du principe que les Etats-Unis viendraient les sauver si besoin, s'entêtent à ne pas vouloir comprendre : or avec Trump, le 'moment de vérité' est subitement arrivé. Difficile de dire comment et avec quelles ressources ils entendent défendre les petits Etats baltes en cas de menace.»
Se hâter d'acheter des armes
Eerik-Niiles Kross, député du Parti de la réforme (libéral) au pouvoir, livre ses inquiétudes concernant la sécurité des Etats baltes dans Postimees :
«Les effets négatifs de ces escamotages se font surtout sentir en matière de dissuasion sur le flanc oriental de l'OTAN. Dans les grandes lignes, les Etats-Unis nous font comprendre qu'ils ne souhaitent plus faire partie du plan de l'OTAN qui prévoit de répondre à toute intrusion de la Russie sur un Etat de l'OTAN par des frappes de longue portée sur le territoire de l'agresseur. … La Russie dispose de capacités pour cibler l'Europe, les Etats-Unis réduisent les contributions aux plans de l'OTAN sur lesquels ils s'étaient engagés, et les systèmes conventionnels de l'Europe capables d'atteindre leur cible à plus de 2 000 kilomètres sont encore à l'état de développement. Au lieu d'attendre la conception du missile de ses rêves, l'Europe ferait mieux d'acheter et de produire des dispositifs intermédiaires sans tarder.»
Des rapports de force en mutation
La Repubblica se demande si l'Allemagne est sur le point de prendre les rênes l'OTAN :
«La carte politique européenne connaît des changements rapides, résultat de deux facteurs concomitants et convergents : le désengagement américain sous Donald Trump et la pression liée à la Russie de Vladimir Poutine. Cette configuration entraîne de nouveaux rapports de force et équilibres, qui visent à ce que le continent puisse renforcer sa défense sans le concours des Etats-Unis. Ce scénario est consolidé par le rôle croissant du secteur militaire de l'Allemagne, laquelle redevient une puissance économique, mais aussi militaire. … Des sources diplomatiques confirment que les coupes budgétaires envisagées par la Maison-Blanche seront 'drastiques'. »
Xi et Poutine ne doivent pas se bercer d'illusions
La Chine et la Russie auraient tort de sauter sur l'occasion pour tenter d'affaiblir l'Europe, commente Új Szó :
«Poutine pourrait être tenté d'asséner un coup à l'OTAN avant même le résultat des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Il compte sur le fait que Trump ne viendra pas au secours de l'Europe. … Quant à Xi, il ne peut pas savoir à quel moment les capacités occidentales déployées au Proche-Orient ou en Ukraine seront à nouveau disponibles. En tout cas, pour l'instant, ces capacités dépendent de ces deux conflits. … C'est pourquoi l'entreprise serait risquée pour les deux chefs d'Etat de vouloir déstabiliser l'Occident en ce moment. Car à la manière dont ils avaient totalement sous-estimé les réactions dans le cas de l'Ukraine, cela serait à nouveau le cas aujourd'hui.»
En quête d'une nouvelle forme d'Union
Le portail HuffPost Greece commente :
«La question n'est pas de savoir si l'Europe est en phase de réarmement, car celui-ci a déjà commencé. Le dilemme européen ne concerne pas seulement le montant des dépenses en matière de défense ou la consolidation des forces militaires. Il s'agit davantage de l'inclinaison de l'Europe à se muer en une union démocratique et politique d'un nouveau genre, capable de faire converger ses atouts économiques, technologiques, diplomatiques et stratégiques tout en défendant les valeurs de démocratie, d'Etat de droit et de libertés individuelles au sein d'un monde imprévisible et instable.»