Un nouvel élan pour l'élargissement de l’UE ?
Les négociations d'adhésion à l'UE avec l'Ukraine et la Moldavie peuvent commencer. La voie est désormais libre, le nouveau gouvernement à Budapest ayant mis fin au blocage hongrois qui durait depuis des années. Les négociations avec les pays des Balkans occidentaux devraient également s'accélérer, comme l'ont demandé le chancelier allemand, Friedrich Merz, et le président français, Emmanuel Macron, lors d'un sommet au Monténégro. La presse européenne s'attend à un processus de longue haleine.
Un précieux soutien en matière d'armement
L'Ukraine est un atout pour l'UE déclare le chroniqueur Bill Emmott dans La Stampa :
«Si l'on considère l'Europe sous l'angle de la défense et de la sécurité, le constat suivant est une évidence : l'Europe a autant besoin de l'Ukraine que l'Ukraine a besoin de l'Europe. Tout Etat qui souhaite apprendre à se défendre seul contre les drones ou les missiles lancés depuis la Russie, contre les groupes terroristes ou encore contre toute autre menace sait qu'il doit s'adresser à Kyiv. Tout Etat qui s'interroge sur la manière dont il peut développer rapidement la production d'armement et la moderniser à l'ère des drones bon marché et de l'intelligence artificielle sait que l'Ukraine, en tant que fournisseur, partenaire ou consultant, a de nombreuses réponses à apporter.»
Des années pour faire ses preuves
Le chemin vers l'UE ne sera pas simple, déclare la diplomate et spécialiste de droit international Lana Serkal dans un post Facebook relayé par NV :
«Les négociations d'adhésion s'étalent sur plusieurs années. Durant cette période, les pays candidats traversent des périodes électorales, connaissent des alternances politiques et malgré tous ces changements à l'intérieur du pays, doivent prouver régulièrement à l'Union européenne que, quelles que soient leurs priorités en matière de politique intérieure, ils continuent de défendre les valeurs fondamentales qui les poussent à adhérer à l'UE. Nos institutions restent stables et protégées des caprices politiques (nous nous efforçons du moins de les préserver de cette manière ...), et nous continuons à respecter les règles du jeu européennes.»
Passer à la vitesse supérieure
Pour Le Soir, Bruxelles tarde à ouvrir la voie à l'adhésion de l'Ukraine :
«On peut … s'étonner, pour ne pas dire s'agacer, qu'après quatre années de conflit à ses frontières, l'UE en soit encore au stade d'examiner des pistes. … Entre les lignes, on comprend même qu'il n'existe pas encore de piste concrète pour encadrer l'intégration de ce gigantesque pays, par sa taille comme par l'ampleur des difficultés qu'il cumule. En tout cas, pas à court terme, alors qu'une entrée en 2027 est envisagée – ou, disons-le, rêvée – par Zelensky. Il n'est jamais trop tard pour se lancer, mais un petit coup d'accélérateur, bien maîtrisé, serait le bienvenu.»
Aucune garantie d'adhésion
Sur le portail laziar.com, le politologue Laurențiu Pleșca écrit :
«Il faut d'abord souligner ce que cette annonce n'implique pas, car les réactions enthousiastes ont tendance à en exagérer la portée. Il ne s'agit ni d'une adhésion, ni de la garantie d'une adhésion future. L'ouverture d'un cluster de négociation marque le début d'un processus exigeant et non son aboutissement. Il sera suivi de nombreuses réformes, qui seront examinées une à une. Les évaluations seront sans concession et les discussions pourront être interrompues ou bloquées à tout moment par l'un des Etats membres. Ceux qui présentent aujourd'hui l'intégration comme acquise prennent le risque de desservir la cause qu'ils prétendent défendre.»
De vagues promesses au sommet des Balkans occidentaux
Ce week-end, Merz et Macron ont également appelé à accélérer l'adhésion des pays des Balkans occidentaux à l'UE. Des appels peu crédibles, rétorque le quotidien taz :
«En 2019, au Conseil européen, Macron avait été le seul dirigeant à bloquer le lancement des négociations d'adhésion de la Macédoine du Nord, et ce alors que le pays avait engagé des réformes, renversé un autocrate et même changé de nom, dans le seul but de mettre un terme à une querelle absurde avec la Grèce sur la question. Le message de Macron, en somme, était le suivant : même si vous satisfaites toutes les requêtes de l'UE, vous ne pouvez pas avancer automatiquement sur la prochaine case. L'UE perd aussi en crédibilité, car le PPE, auquel appartient la CDU/CSU, tolère dans ses rangs l'autocrate serbe Aleksandar Vučić et son parti. … Tant qu'il en sera ainsi, les appels de Merz en faveur de l'élargissement resteront inaudibles.»