Comprendre les réactions face à l'attaque au drone
Suite aux résultats de l'enquête sur l'incident de drone explosif à l'aéroport de Leipzig, l'Allemagne a décidé de fermer le consulat général russe à Bonn et le centre culturel et scientifique das Russische Haus à Berlin, soupçonné de couvrir des agents russes. Elle a également annoncé que les ressortissants russes seraient contrôlés à la frontière allemande et qu'une action plus drastique serait engagée contre la flotte fantôme russe. Parallèlement, l'UE élabore un nouveau programme de sanctions.
L'Allemagne est un rival de taille pour Poutine
Berlin est passé du statut de partenaire de Poutine à celui d'adversaire féroce du régime russe, constate Rzeczpospolita :
«La capitale allemande peut compter sur la présence de Ioulia Navalnaïa, l'épouse d'Alexeï Navalny assassiné dans une colonie pénitentiaire russe, qui milite au côté de nombreux collaborateurs. Mais d'autres groupes de l'opposition démocratique russe - notamment représentée par Mikhaïl Khodorkovski - y ont également élu domicile. Si l'on joint les tirets entre ces éléments, on déduit que l'Allemagne ne se contente pas d'accélérer la chute du régime de Poutine en soutenant l'armée ukrainienne, elle offre aussi un refuge à ses successeurs potentiels dans son arrière-cour.»
On détruit le dernier lien vers Moscou
L'Allemagne abandonne définitivement les vélléités de niveler les rivalités en instaurant un partenariat énergétique, observe Daily Sabah :
«Est-ce qu'un pays peut faire confiance aux ressources stratégiques d'une puissance qu'il accuse d'avoir placé des explosifs sur son territoire, à proximité d'avions-cargos critiques ? En agissant de la sorte, l'Allemagne opte pour la stratégie de l'isolement au détriment d'une énergie moins chère, au moment même où ce choix se paye au prix le plus fort. ... Il fut un temps où Schröder partait du principe qu'avec des gazoducs et un minimum de confiance, on pouvait transformer des rivaux géopolitiques en partenaires fiables. L'Allemagne ne récolte pas les fruits de cette stratégie. Elle en balaye les derniers restes.»
L'Occident réagit trop mollement
Forum24 se joint à la voix des ténors qui réclament plus de fermeté vis-à-vis de la Russie :
«Pourquoi n'avons-nous pas immédiatement imposé le niveau maximal de sanctions économiques ? Pourquoi l'Allemagne ne livre-t-elle pas à l'Ukraine les missiles de croisière Taurus comme Merz l'avait exigé lorsqu'il était dans l'opposition ? Pourquoi l'UE et les Etats de l'OTAN n'agissent pas de concert et avec intransigeance contre la flotte fantôme russe, qui aide Moscou à passer entre les mailles du filet des sanctions ? ... Les navires-citernes exportent du pétrole au-dessus du prix plafond décidé par l'UE et contribuent ainsi au financement de la guerre. Les recettes russes issues de l'exportation de combustibles fossiles se sont élevées à plus de mille milliards d'euros pendant la guerre !»
Que les Russes se sentent mis au ban !
Jydske Vestkysten se penche sur l'octroi de visas Schengen aux citoyens russes :
«Il faut que les Russes aient la sensation d'être des parias. Il est proprement absurde qu'en 2025, 623.451 d'entre eux aient obtenu un visa pour venir siroter des cocktails au soleil en Europe alors même que leur pays largue des missiles sur des immeubles d'habitation en Ukraine. ... L'UE entend interdire l'entrée dans l'UE aux anciens soldats (!). Or c'est à tous les Russes que nous devons interdire l'accès à l'espace européen. ... Parallèlement, nous devons exclure les Russes de toutes les manifestations sportives, culturelles et autres. C'est une mesure draconienne, mais indispensable.»
Détourner le regard n'est plus une option
De Volkskrant exhorte l'Europe à hausser le ton :
«Les intimidations russes font malheureusement leur effet. Chez de nombreux Européens, les préoccupations économiques et la peur d'une guerre pèsent plus fort que la volonté de mettre fin à l'agression de Poutine. … Alors que sur le plan intérieur, les forces politiques clivantes attendent l'occasion de pouvoir donner suite aux revendications de Poutine, à l'extérieur, l'Europe ne dispose pas (encore) des moyens ou de la volonté de dissuader la Russie … Détourner le regard est une stratégie européenne éprouvée, mais le prix à payer risque de s'en trouver plus tard décuplé.»
Sortir de la paralysie
Faire preuve d'unité ne suffit pas, juge Libération, qui appelle les Etats de l'UE à adopter des mesures concrètes contre l'agresseur russe :
«L'idée de Poutine est de semer le doute, de diviser les Européens, de renforcer l'extrême droite partout où elle a des chances de percer (par exemple en Saxe-Anhalt, en Allemagne, le week-end prochain), de créer de la paranoïa, bref de jouer avec le feu. Jusqu'à l'explosion ? Cette interrogation-là fait précisément partie de la menace. Et c'est ce qui rend la riposte compliquée. Comment lutter contre un ennemi de l'ombre sans prendre le risque de déclencher une riposte encore plus forte ? C'est ce qui paralyse pour l'instant les Européens dont les ministres des Affaires étrangères étaient réunis mercredi à Dublin. Ils sont tous d'accord pour condamner la Russie, c'est déjà ça. Mais ils n'ont pas encore trouvé le bon moyen d'écraser la mouche (ou le taon).»
Etre prêts à faire des sacrifices
L'Allemagne ne pourra dissuader seule Poutine de procéder à de nouvelles attaques, juge le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung :
«Cette entreprise requiert une coopération étroite avec les partenaires et les alliés de l'UE et de l'OTAN. L'UE négocie aujourd'hui un 22e programme de sanctions, ce qui est davantage un signe de faiblesse que de force. Les membres de l'UE sont en difficulté lorsqu'il s'agit de prendre des sanctions contre la Russie, et ces difficultés sont plutôt liées à des désaccords internes qu'à l'action de la Russie. Des Etats de l'UE continuent d'acheter du pétrole et du gaz à Poutine, les avoirs russes gelés ne sont toujours pas débloqués pour l'Ukraine, l'Allemagne s'obstine à importer du colin russe – base des poissons panés dont elle est si friande. Pourtant, seule une Europe unie et prête à faire des sacrifices financiers peut espérer impressionner Poutine.»
Créer une Grande Europe
L'Allemagne doit devenir la puissance régionale d'une "Grande Europe", écrit le politologue Carlos Gaspar dans Público :
«La séparation entre la Russie et l'Allemagne, la distance croissante entre les Etats-Unis et l'Europe de l'Ouest ainsi que le durcissement de la guerre en Ukraine et au Proche-Orient ont créé les conditions pour que l'Allemagne devienne une puissance régionale. … La stratégie allemande suit l'exemple américain d'un modèle d'intégration régional qui s'articule autour d'un approfondissement des relations entre les Etats européens et d'un élargissement des frontières de l'Europe. La création d'une union de défense est indissociable d'une adhésion de l'Ukraine aux institutions européennes, afin de créer une 'Grande Europe' libre et unie.»
Varsovie et Berlin doivent être solidaires
Gazeta Wyborcza considère que les débats historiques germano-polonais n'ont pas lieu d'être aujourd'hui :
«Il est regrettable qu'une partie de la classe politique polonaise n'ait toujours pas saisi le sérieux de la situation et tienne des propos anti-allemands, comme si nous étions toujours en 2019. A l'occasion des commémorations [du début de la Seconde Guerre mondiale] sur la presqu'île de Westerplatte, le 1er septembre, le président Karol Nawrocki a évoqué la politique antipolonaise de la République de Weimar, a remis sur le tapis la question des réparations et a attisé la germanophobie – or tout ceci n'a rien à voir avec un hommage rendu aux victimes polonaises du IIIe Reich. … Aujourd'hui, la ligne de séparation en Europe – une potentielle ligne de front – ne se situe pas entre la Pologne et l'Allemagne, mais à la frontière avec la Russie.»
La nouvelle résolution allemande
Sur LRT, l'ancien ambassadeur de Lituanie en Russie, Eitvydas Bajarūnas, salue la réaction de l'Allemagne :
«Pendant longtemps, Berlin a plutôt fait preuve de retenue – dans la dénonciation des opérations hybrides russes comme dans l'annonce de ripostes. L'Allemagne change. Elle est sur le point de stationner une brigade en Lituanie et de renforcer son armée, la défense aérienne et la sécurité de la Baltique, et de surcroît, semble de plus en plus disposée à imposer des sanctions politiques et économiques en réponse aux opérations hybrides. … Ce qui est nouveau, ce n'est pas que la Russie mène une guerre hybride, mais que l'Allemagne commence enfin à y réagir différemment.»
Une trêve est la seule issue possible
Le Figaro appelle à freiner la dynamique guerrière :
«Pour l'heure, c'est la guerre qui gagne du terrain : Moscou multiplie les ' attaques hybrides' contre les alliés occidentaux de l'Ukraine. … Côté ukrainien, la menace de ' fermer le ciel russe' au trafic aérien civil a aussi le potentiel d'une escalade. Ces expédients, dans un affrontement qui a pratiquement épuisé ses autres voies, ne suffiront pas à briser le moral d'une nation. Le danger de voir le conflit s'étendre n'en est que plus grand. D'où l'urgence d'une trêve, telle que la propose Volodymyr Zelensky, pour arrêter la fuite en avant.»
L'Europe doit aller plus loin
Une réaction aux attaques russes s'imposait depuis longtemps, estime Frankfurter Rundschau :
«C'est aussi un signal adressé à la population européenne : il faut prendre plus au sérieux la menace russe, alors que la guerre contre l'Ukraine peut sembler lointaine. Les sanctions, à elles seules, ne suffisent pas. L'Allemagne et ses partenaires doivent faire davantage pour endiguer les effets de la guerre hybride russe, qui recourt à des actes de sabotage et des campagnes de désinformation. … L'UE doit aller plus loin. Il faut que l'Espagne et la Grèce cèdent leurs missiles Patriot à l'Ukraine, afin que le pays envahi puisse mieux se protéger des attaques.»
Une réponse mesurée de Berlin
Der Tages-Anzeiger salue la réaction allemande :
«C'est un signal modéré, voire prudent, envoyé à Poutine, car Berlin s'est abstenu de faire intervenir l'OTAN. Mais c'est aussi une réaction avisée, le chancelier allemand Friedrich Merz préservant la possibilité de ce recours : d'abord l'article 4, qui prévoit des consultations dans l'alliance en cas de menace pour 'l'intégrité' ou la 'sécurité' d'un allié ; puis, si l'agresseur russe ne cesse toujours pas ses provocations, l'OTAN pourrait activer l'article 5, la clause de défense mutuelle – on ne serait alors plus très loin d'une guerre en Europe. D'un point de vue rationnel, il n'est pas dans l'intérêt de Poutine d'en arriver là. Mais depuis longtemps déjà, ce chef de guerre n'agit plus de façon rationnelle.»
La marge se réduit
Le temps des réponses purement diplomatiques est malheureusement révolu, constate De Standaard :
«L'Allemagne et ses alliés de l'OTAN doivent avoir à cœur de tourner le dos à la logique selon laquelle les actions militaires sont la seule réponse possible. Le concept de 'défense et dissuasion hybride' peut permettre de jouer la montre, en tablant sur les sanctions diplomatiques et économiques et le développement accéléré de la défense. Mais cela anéantit le peu de diplomatie qui subsistait. Les positions se durcissent inévitablement. Il n'y a plus de marge pour ne pas réagir.»
Des bureaucrates perturbés
Sur Facebook, le journaliste Sergueï Aslanian se gausse de la réaction allemande :
«La Russie a été vicieuse. Elle savait que l'armée allemande n'est pas en ligne la nuit et qu'elle ne fait la guerre qu'aux heures de bureau, de 8h00 à 17h00, en observant une pause à midi. Des actions militaires russes sur le sol allemand perturbent le travail du chancelier, bouleversent les activités de son état-major et empêchent une réaction réfléchie, ce qui incite le gouvernement à prendre des mesures hâtives. Celles-ci ont un impact considérable sur la capacité de l'Allemagne à se défendre, privent ses soldats de leurs avantages réglementaires, perturbent le mode de travail et entravent la formation au combat.»
Leipzig, élément d'une campagne plus vaste
Les différentes opérations de la Russie s'articulent dans un plan d'ensemble, assure l'expert militaire Alexandru Grumaz sur Adevărul :
«Moscou tente de frapper le système qui aide l'Ukraine à poursuivre le combat. … Voilà le problème central pour l'OTAN. Il est relativement facile de répondre sur les plans politique et militaire à une attaque massive contre un Etat membre. Un drone trouvé à proximité d'un aéroport, un incendie suspect dans une usine, un câble endommagé, une caméra de surveillance manipulée ou un saboteur recruté via Telegram sont en revanche bien plus difficiles à traiter. Des incidents isolés ont un impact potentiellement trop limité pour pouvoir provoquer une réaction de plus grande ampleur. Mais ajoutés les uns aux autres, ils peuvent constituer une véritable campagne. C'est l'essence même de la guerre hybride.»