Défaite de Vučić : vers un nouveau départ en Serbie ?

Le président serbe Aleksandar Vučić, au pouvoir depuis 14 ans, a reconnu sa défaite aux législatives anticipées. Il est clair que la Liste étudiante de l'opposition a gagné, même si les résultats définitifs ne sont pas encore connus, a-t-il déclaré. Selon les estimations, le Parti progressiste SNS de Vučić a atteint près de 40 pour cent des voix, contre 52 pour cent en faveur de la Liste étudiante.

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Naftemporiki (GR) /

Victoire d'un mouvement sans leader central

Les étudiants serbes ont fait bien plus que simplement remplir les places publiques de manifestants, souligne Naftemporiki :

«Ils ont convaincu les citoyens que la mobilisation avait un effet. Ils ont transformé la colère suscitée par une tragédie en un acte politique organisé, et près de deux ans plus tard, en une majorité parlementaire. La défaite d'Aleksandar Vučić montre comment un système qui domine depuis de nombreuses années peut s'effondrer lorsqu'il perd son principal atout : la conviction qu'il n'y a pas d'autre solution. … L'absence d'un dirigeant central, qui aurait pu constituer une faiblesse dans d'autres circonstances, a eu un effet protecteur. Elle a limité la capacité du pouvoir à personnaliser le conflit, à isoler un adversaire ou à présenter la contestation comme une ambition personnelle.»

Jutarnji list (HR) /

Faire le grand ménage

La Liste étudiante doit maintenant remplir la mission difficile de s'attaquer à la corruption en Serbie, constate Jutarnji list :

«Les étudiants disposent d'une majorité suffisamment grande pour former le gouvernement et déterminer la politique de la Serbie. Il reste cependant à voir dans quelle mesure leur action changera la politique actuelle. … La question qui se pose est de savoir comment vont se comporter tous ces magistrats, policiers, diplomates et entrepreneurs qui doivent une faveur à Vučić. Il faudrait un balai en fer pour faire le ménage tout comme pour mettre fin à la corruption et au clientélisme qui ont pénétré toutes les couches de la société serbe. … Vučić a déclaré ne pas avoir peur de la prison, car il connaît pertinemment les casseroles que lui et ses compagnons traînent derrière eux. … Mais il est difficile de s'imaginer qu'il accepte réellement une peine de prison.»

SRF (CH) /

Un "non" à l'autoritarisme et au clivage

La démocratie serbe est bien vivante, malgré toutes les répressions, analyse SRF :

«La victoire incarne le refus de la politique de plus en plus autoritaire de Vučić, fondée sur une campagne de dénigrement et sur la division. Pendant ses 14 ans au pouvoir, il a placé sous son contrôle une grande partie des médias. Dans ces médias, les adversaires politiques font l'objet d'une diffamation agressive. Des employés des services publiques ont été mis sous pression pour voter en faveur du gouvernement. Vučić est accusé d'avoir payé des hooligans et d'en avoir fait des milices officieuses pour intimider par la violence des adversaires politiques. Avec leur campagne colorée et créative, les étudiants ont présenté le projet d'une autre Serbie dans laquelle les institutions travaillent de façon indépendante, la liberté de la presse est rétablie et la corruption est absente. En bref : une Serbie démocratique.»

Financial Times (GB) /

Une nouvelle chance pour Belgrade

Les résultats du scrutin en Europe du Sud-Est laissent entrevoir des signes encourageants pour la démocratie, se réjouit Financial Times :

«La défaite de Vučić qui a suivi celle d'Orbán constitue un autre séisme en Europe du Sud-Est dont les répercussions se feront sentir bien au-delà des frontières de la Serbie. Elle montre que le pouvoir des électeurs peut vaincre même un autocrate qui a systématiquement et avec fermeté manipulé le système électoral en sa faveur. … La victoire de la Liste étudiante offre la chance à la Serbie de rétablir des mécanismes de contrôle démocratique et la séparation des pouvoirs, de ranimer le processus d'adhésion à l'UE et de jouer un rôle plus constructif au Kosovo, en Bosnie et dans les pays voisins.»

Die Zeit (DE) /

Pas une réussite pour l'Europe

Die Zeit critique le comportement des gouvernements européens :

«Pendant des années, ils ont fait la cour à Aleksandar Vučić. … L'argument avancé a toujours été le même : cet homme serait le garant de la stabilité dans les Balkans marqués par une instabilité notoire. … On a pu voir ces deux dernières années les conséquences de cette attitude opportuniste envers la Serbie de Vučić. Dans les manifestations de grande ampleur, les drapeaux européens ont été absents. … Pour le dire autrement : en Serbie, le mouvement européen qui a remporté le scrutin n'a rien à voir avec l'Union européenne telle qu'elle existe aujourd'hui. Pour cette raison, il serait faux de dire que les élections serbes sont une victoire de l'Europe.»

Népszabadság (HU) /

Les électeurs n'ont pas écouté Poutine

Tout comme en Hongrie, le scrutin serbe témoigne du ras-le-bol des électeurs, estime Népszabadság :

«Le changement de régime intervenu en Hongrie le 12 avril a également pu jouer un rôle dans ce résultat. Budapest a montré la voie à Belgrade. ... Lorsqu'un régime ne se soucie que d'enrichir l'élite au pouvoir, les électeurs le font payer dans les urnes. Le résultat est également une assez mauvaise nouvelle pour Vladimir Poutine. Et un nouveau revers pour le président russe : avant les élections hongroises, il a soutenu Orbán, tout comme il l'a fait maintenant pour le parti de Vučić. Dans aucun des deux cas, les électeurs ne l'ont écouté.»