Hongrie : la sape de la liberté de la presse

Dès le lendemain des législatives d’avril 2018, le baron de la presse influent Lajos Simicska a annoncé la fermeture du quotidien conservateur de tradition Magyar Nemzet - expression de sa déception après la nouvelle victoire électorale de Viktor Orbán.

Au bout de 80 ans, le quotidien conservateur de tradition Magyar Nemzet a cessé de paraître. Depuis 2019, un journal pro-gouvernemental du même nom est publié.
Au bout de 80 ans, le quotidien conservateur de tradition Magyar Nemzet a cessé de paraître. Depuis 2019, un journal pro-gouvernemental du même nom est publié.
En Hongrie, il y a longtemps que les médias critiques envers le gouvernement sont sous pression. Ces dernières années, des soucis de trésorerie ont poussé certains d’entre eux au dépôt de bilan, tandis que d’autres ont été rachetés par des éléments proches du gouvernement. En octobre 2016 le premier quotidien de gauche d’envergure nationale Népszabadság avait cessé de paraître. Un matin, les rédacteurs avaient trouvé porte close et l’accès à leur messagerie leur avait été bloqué. Le propriétaire avait fait valoir que les pertes accumulées par le journal étaient trop élevées. Les collaborateurs et les observateurs, pour leur part, privilégient la version d’un putsch fomenté par le Premier ministre Viktor Orbán.

Il s’est rapidement avéré que Népszabadság n’était qu’un début : un an et demi plus tard, le magnat de la presse Lajos Simicska annonçait la fermeture du second journal de Hongrie en termes de distribution, le titre conservateur Magyar Nemzet, dépositaire d’une longue tradition. Magyar Nemzet et la chaîne de télévision HírTV, également la propriété du groupe Simicska, s’étaient écartés dès 2015 de leur ligne progouvernementale. Lajos Simicska, proche d’Orbán pendant des décennies, s’était en effet brouillé avec le Premier ministre. A l’annonce d’une nouvelle victoire d’Orbán dans les urnes, Simicska a renoncé à son entreprise médiatique. Après la fermeture de Magyar Nemzet, la licence du titre a été rachetée par des propriétaires proches de la majorité et le journal a repris sa diffusion début 2019 en faisant bonne presse à l’action du gouvernement. La chaîne d’information HírTV est elle aussi passée aux mains d’un groupe acquis à la cause du gouvernement, après une vague de licenciements.

En novembre 2018, la plus grande partie des entreprises médiatiques favorables au gouvernement ont été regroupées sous le toit d’une fondation nouvellement créée, bienveillante envers le pouvoir, intitulée Közép-Európai Sajtó-és Média Alapítvány (fondation d’Europe centrale pour la presse et les médias, KESMA). István Bajkai, député du parti au pouvoir Fidesz, est un des trois membres qui siège à son conseil d’administration. Une série de propriétaires bien disposés envers le gouvernement, lesquels avaient acheté quotidiens et hebdomadaires, fréquences de radio, chaînes de télévision ainsi que médias sur Internet, ont revendu leur portefeuille à cette fondation, quand ils ne lui en ont pas gracieusement fait don.

L’adoption d’une loi sur les médias en 2011 avait déjà valu à Orbán de très vives critiques, dans son pays comme à l’étranger. Le texte prévoyait un durcissement du contrôle des médias. Orbán avait créé un nouveau comité de surveillance des médias auquel il s’est empressé de nommer ses fidèles partisans.

La radio-télévision publique tient elle-aussi lieu de porte-voix pour le gouvernement Orbán. Etant donné qu’il n’existe pas en Hongrie de redevance pour l’audiovisuel, la radio-télévision publique est financée par le budget de l’Etat. De ce fait, elle est en grande partie tributaire de la majorité en place.

S’agissant des médias privés, le gouvernement ne passe d’annonce que dans les médias qui lui sont favorables, ce qui fausse la concurrence sur un marché des médias relativement modeste.

Des portails en ligne critiques et menant un journalisme d’investigation ont certes vu le jour ces dernières années, notamment 444.hu, Direkt36, Átlátszó, Mérce ou Válaszonline, et même un nouvel hebdomadaire, Magyar Hang. Leur marge de manœuvre financière reste toutefois limitée. Car les contenus payants font encore figure d’exception sur le marché médiatique hongrois d’aujourd’hui.

Les grands groupes de presse internationaux qui se sont implantés en Hongrie après la chute du communisme en 1989 sont peu nombreux à avoir pu s’y maintenir. Leur départ – par exemple celui du groupe finlandais Sanoma ou de l’allemand Funke-Mediengruppe en 2014 – est aussi probablement à rapprocher du fait que la décennie dernière a vu le nombre de ses lecteurs effectuer une chute abyssale. Si les journaux ne publient pas d’eux-mêmes de chiffres quant à leur diffusion, il est difficile d’en évaluer la pénétration réelle.

Les deux seuls médias indépendants qui aient un impact tangible sur l’opinion restent et demeurent le portail d’information Index et la chaîne de télévision RTL Hongrie.

Classement pour la liberté de la presse (Reporters sans frontières) :
rang 89 (2020)

Mise à jour : avril 2020

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