Hongrie : la sape de la liberté de la presse

Dès le lendemain des législatives d’avril 2018, le baron de la presse influent Lajos Simicska a annoncé la fermeture du quotidien conservateur de tradition Magyar Nemzet - expression de sa déception après la nouvelle victoire électorale de Viktor Orbán.

Dernier numéro du quotidien Magyar Nemzet, le 11 avril 2018, au bout de 80 ans de parution.
Dernier numéro du quotidien Magyar Nemzet, le 11 avril 2018, au bout de 80 ans de parution.
Magyar Nemzet et la chaîne de télévision HírTV, également la propriété du groupe Simicska, s’étaient écartés dès 2015 de leur ligne progouvernementale. Lajos Simicska, proche d’Orbán pendant des décennies, s’était en effet brouillé avec le Premier ministre. Immédiatement après la nouvelle victoire électorale de ce dernier, Simicska avait renoncé à Magyar Nemzet et le journal conservateur de référence avait mis la clef sous la porte. Le personnel de la chaîne HírTV a lui aussi été touché par des licenciements. Celui de la station radio Lánchíd, également la propriété de Simicska, s’est aussi retrouvé sur le carreau.

En Hongrie, il y a longtemps que les médias d’opposition sont sous pression. Ces dernières années, certains d’entre eux ont été contraints de déposer le bilan. Cette crise a culminé avec la fermeture en 2016 du premier quotidien d’opposition, Népszabadság.
Il avait fermé du jour au lendemain dans des conditions obscures en octobre 2016. Le lendemain matin, les rédacteurs avaient trouvé porte close et l’accès à leur messagerie leur avaient été bloqués. Le propriétaire avait fait valoir que les pertes accumulées par le journal étaient trop élevées. Les collaborateurs et les observateurs, pour leur part, privilégient la version d’un putsch. Ils reprochent au gouvernement du Premier ministre Viktor Orbán de vouloir se débarrasser de commentaires importuns. Le journal était en effet l’un des principaux porte-voix de l’opposition de gauche et des intellectuels critiques envers le gouvernement.

L’adoption d’une loi sur les médias en 2011 avait déjà valu à Orbán de très vives critiques, dans son pays comme à l’étranger. Le texte prévoyant un durcissement du contrôle des médias, il avait même poussé l’UE à réagir. Cette loi intimait aux journalistes des médias publics d’effectuer une "couverture équilibrée" et de "cultiver l’identité nationale". Orbán avait créé un nouveau comité de surveillance des médias auquel il s’est empressé de nommer ses fidèles partisans, tandis qu’un millier d’employés de la radiotélévision publique ont perdu leur poste. La Commission européenne avait eu une réaction inhabituellement virulente et condamné une loi jugée contraire aux principes fondamentaux de l’UE.

Le paysage médiatique hongrois se caractérise par l’antagonisme entre les deux camps politiques qui se sont formés depuis la fin du communisme : d’une part le parti ultranationaliste actuellement au pouvoir, Fidesz, de l’autre le successeur du parti unique de l’ère communiste, le parti socialiste (MSZP). Ces 25 dernières années, beaucoup de médias imprimés ont été influencés par l’une ou l’autre de ces deux familles politiques.

La radio-télévision publique oscillait elle aussi entre ces deux pôles depuis sa création en 1990. Etant donné qu’il n’existe pas en Hongrie de redevance pour l’audiovisuel que l’organisme soit lui-même autorisé à percevoir, la radio-télévision publique est financée par le budget de l’Etat. De ce fait, elle est en grande partie tributaire de la majorité en place et de ses priorités. Aujourd’hui, la radio-télévision publique est le porte-voix du gouvernement Orbán qui, fraîchement élu en 2010, a aussitôt licencié à grande échelle avant de supplanter l’ancien personnel par une toute nouvelle équipe.

Similairement, le rapport de force dans le monde médiatique hongrois a clairement glissé vers le camp national-conservateur du gouvernement ces dernières années. Le gouvernement ne passait plus d’annonces que dans les médias qui lui étaient acquis, ce qui, dans un marché médiatique hongrois relativement petit, a entraîné de lourdes pertes financières pour les médias critiques. Parallèlement à la fermeture de nombreux organes d’opposition, on a assisté à une multiplication spectaculaire des médias pro-gouvernementaux. A ceci s'ajoute que depuis 2010, des entreprises proches du gouvernement ont racheté les uns après les autres les médias régionaux du pays.

Des portails en ligne critiques et menant un journalisme d’investigation ont certes vu le jour ces dernières années, notamment 444.hu, Direkt36 ou encore Átlátzó, en partie dirigés par d’anciens rédacteurs des deux grands portails sur Internet Index et Origo. Mais leur survie financière est tributaire de dons et ils travaillent en petites équipes.

Les deux médias réellement indépendants et qui ont du poids restent et demeurent le portail Index, le plus consulté du pays, et la chaîne de télévision RTL Hungary, qui s’est imposée comme un média critique ces dernières années.

Les grands groupes de presse internationaux qui se sont implantés en Hongrie après la chute du communisme en 1989 sont peu nombreux à avoir pu s’y maintenir. En mai 2014, le groupe de presse Sanoma s’est retiré de Hongrie ; trois mois plus tard, c’était au tour du groupe médiatique Funke de revendre sa participation majoritaire à l’hebdomadaire hvg. Le désengagement des groupes de presse est probablement lié au recul dramatique du nombre de lecteurs et à la forte baisse du tirage de certains médias au cours de la dernière décennie.

Classement pour la liberté de la presse (Reporters sans frontières) :
rang 73 (2018)

Mise à jour : mai 2018
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