Roumanie : lutte anticorruption sur la corde raide ?

La Cour constitutionnelle roumaine juge inconstitutionnel le fait que l’autorité anticorruption DNA effectue ses enquêtes avec le soutien des services secrets. A l’avenir, ce sera à la DNA de mettre elle-même sur écoute les suspects, ce qui risque de ralentir les enquêtes selon les autorités. La presse roumaine diverge sur la question.

Ouvrir/fermer tous les articles
România Liberă (RO) /

La lutte anticorruption se démocratise

Le quotidien România Liberă approuve l’arrêt de la Cour constitutionnelle :

«A court terme, cette décision donnera du fil à retordre aux enquêteurs. ... Mais s’ils disposent à l’avenir de leurs propres systèmes de surveillance et d’écoute, leur travail sera simplifié. En outre, les éléments de preuve recueillis grâce à l’écoute seront désormais divulgués. En cas de doute, ils pourront être examinés, à l’inverse du travail des agents de renseignement qui ne pouvait pas être vérifié dans ce domaine. L’arrêt qui interdit au service secret d’entreprendre des écoutes de cette nature, va certes faire tomber à l’eau certaines enquêtes en cours. Mais il faut toutefois tenir compte du fait que grâce à cette décision, le fonctionnement global sera plus transparent et démocratique.»

Revista 22 (RO) /

Le pays divisé sur la question du rôle des services secrets

Dans la lutte contre la corruption, la Roumanie risque de changer radicalement ses méthodes, redoute l’hebdomadaire Revista 22 :

«La contribution du Service roumain de renseignements SRI dans la lutte contre la corruption a été saluée pendant de nombreuses années, avant tout car elle portait ses fruits. L’institution a été modernisée pour être mise en conformité avec les normes de l’OTAN. Mais son pouvoir est devenu trop important, elle a pu se soustraire presque intégralement au contrôle du Parlement. Dans le même temps, on soupçonnait de plus en plus les services secrets de s’immiscer dans les décisions politiques. Pourtant, aujourd’hui, son rôle n’est plus du tout remis en question, on observe au contraire une politisation et une polarisation du débat. C’est ce que montrent les controverses actuelles autour du jugement qui transformera de fond en comble la procédure actuelle. Une démarche globalement justifiée, mais notre précipitation, comme cela a été souvent le cas, pourrait nous mener de mal en pis.»