Pourquoi Trump n'a pas pu supprimer l'Obamacare

Au tout dernier moment, les républicains ont retiré leur projet de loi censé remplacer l'Obamacare. L'aile conservatrice du parti refusant de cautionner une réforme jugée trop douce, le Parti républicain n'a pu tenir la promesse phare de sa campagne. Une défaite cuisante qui n'a rien d'étonnant, selon les éditorialistes.

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Večernji list (HR) /

La santé n'est pas une marchandise

Rien d'étonnant à ce que Trump ait échoué à annuler l'Obamacare, assure la journaliste Marina Šerić dans le quotidien Večernji list :

«Il s'est visiblement formé une masse critique qui juge que l'on ne peut considérer les assurances maladies comme des meubles ou des chaussures. Il s'agit là, dans le sens le plus authentique du terme, d'un droit humain. Le droit de ne pas mourir d'une maladie susceptible d'être diagnostiquée et traitée avec succès. Le droit de ne pas devenir sans-abri lorsque l'un de ses proches tombe gravement malade, comme Joyce, dont j'ai fait la connaissance il y a quelques années dans un parc de Washington. Quand elle était encore bibliothécaire, son mari a eu un cancer ; ils ont alors dépensé leur épargne et contracté des crédits pour financer son traitement, et quand ils n'ont plus eu d'argent, il est décédé. Joyce s'est retrouvée criblée de dettes et vit depuis dans la rue. ... Quand Obama a introduit l'assurance maladie, il songeait précisément à ce genre de situations.»

Corriere del Ticino (CH) /

Un corps étranger au sein du Parti républicain

Donald Trump suit une toute autre logique que celle des républicains, pointe Corriere del Ticino:

«Il est intéressant de se pencher sur les rapports entre Trump et 'son' parti. ... Il y a, d'un côté, un président comme Trump, qui se veut anti-système mais qui se retrouve à devoir servir des instruments qui existaient avant son arrivée ; des instruments qu'il juge superflus pour son administration. ... De l'autre côté, il y a un Parti républicain qui continue à faire uniquement office de prête-nom à l'outsider qu'est Donald Trump, mais qui tend à considérer le président comme un organisme étranger à ses mécanismes traditionnels et éprouvés. Vu ces postulats très différents, il n'y a donc rien d’étonnant à ce que l'on assiste à des accidents de parcours récurrents. Pour la plus grande joie, évidemment, de l'opposition démocrate.»

La Libre Belgique (BE) /

Un président ne peut être un simple businessman

Donald Trump doit cesser de diriger son pays comme s'il s'agissait d'une entreprise, commente La Libre Belgique :

«Le fiasco sur l’Obamacare (dont la révocation était une promesse centrale du candidat Trump), après le pétard mouillé du 'Muslim Ban' sur la sécurité intérieure, devrait d’ores et déjà convaincre les Américains qu’un homme d’affaires ne fait pas nécessairement un homme d’Etat, et qu’un pays ne se gère pas comme une entreprise. S’il ne veut pas que sa présidence parte en vrille, Donald Trump doit rapidement se refaire une santé politique en montrant qu’il veut enfin manœuvrer dans l’intérêt général. Ce qu’il aurait pu faire en cherchant à améliorer l’Obamacare (qui en a, certes, besoin) plutôt qu’en voulant vainement l’envoyer par le fond.»

De Volkskrant (NL) /

Une défaite colossale

C’est un échec sur toute la ligne pour le président des Etats-Unis, se réjouit De Volkskrant :

«L’échec colossal de Trump est une bonne nouvelle. ... Car il montre que le Congrès ne se laisse pas intimider par les menaces d’un roquet, un registre que Trump affectionne. ... La meilleure nouvelle est le retrait de la réforme envisagée par les républicains. Car 24 millions d’Américains auraient définitivement perdu leur couverture médicale. ... Tout de suite après sa défaite, Trump a montré sa soif de vengeance. Il ne recherche pas le dialogue avec les démocrates en vue de remédier aux erreurs de l’Obamacare, mais il veut laisser le système exploser. ... C’est la preuve d’une irresponsabilité scandaleuse.»

Die Tageszeitung taz (DE) /

Il n'y a pas de quoi se réjouir

Le plus grand défi pour les démocrates en matière de prévoyance santé reste encore à venir, écrit taz, mettant ainsi un bémol à la joie liée à la défaite des républicains :

«A bien des égards, l'Obamacare a besoin d’être révisé et amélioré. Trump ne veut ni l’un ni l’autre. Au contraire, il veut attendre jusqu’à ce que l’Obamacare 'explose'. Une tâche herculéenne attend donc l’opposition démocrate - dont tous les efforts jusqu’ici convergeaient vers l'Obamacare - et le mouvement activiste extra-parlementaire, qui a réussi une impressionnante mobilisation ces dernières semaines. Ils doivent tenter de réformer l'Obamacare, de démocratiser la couverture médicale dans le pays et d'en comprimer le coût. ... Cette fois-ci, le blocage vient d’en haut, tandis que les propositions constructives viennent d’en bas. C’est un revirement aussi intéressant que radical»

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Politiken (DK) /

Un cuisant revers pour les Républicains

Le fait que les républicains aient fait machine arrière sur l’Obamacare en dit long sur la déconfiture du parti, analyse Politiken :

«Aux élections de novembre, les électeurs avaient investi le parti de tout le pouvoir. Les républicains contrôlaient la Maison-Blanche, les deux chambres du Congrès, les juges conservateurs étaient au garde-à-vous et les républicains étaient au pouvoir dans la plupart des Etats de la Fédération. Que dans cette configuration, ils ne réussissent pas à tenir la principale promesse de campagne et que l’Obamacare reste en vigueur est un échec phénoménal. Ceci atteste non seulement l’amateurisme de Trump, mais aussi à quel point Paul Ryan, porte-parole des républicains à la chambre des représentants, n’a pas le contrôle de ses troupes. La survie de l’Obamacare est une aubaine pour des millions d’Américains, qui continueront donc de bénéficier de leur assurance maladie.»