Les gilets jaunes vont-ils faire tâche d'huile ?

Malgré les concessions du gouvernement, la mobilisation des gilets jaunes se poursuit en France. Paris se prépare à un week-end de violences. Les éditorialistes appellent la France et l'Europe à se pencher sur les causes de la colère, afin d'éviter que la contestation ne se propage à d'autres pays.

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Cumhuriyet (TR) /

Une grogne plus que justifiée

La colère des gilets jaunes coule de source, rappelle Cumhuriyet :

«Le peuple est furieux de devoir payer pour les crises déclenchées par la politique néolibérale. Et il l'est à juste titre. Il est très inquiétant de voir que certains voudraient dénigrer cette réaction, en l'accusant d'être le fait de fascistes ou de vandales. ... Si l'on réprime le mouvement des gilets jaunes et si l'on occulte ses revendications sans trouver de réelles solutions aux problèmes structurels, les contestations resurgiront sous une autre forme. Tant que l'on ne s'attaquera pas aux questions de la répartition des revenus, du chômage, de l'environnement, du changement climatique, des flux migratoires et de la fracture numérique, l'annonce de projets d'allégements fiscaux pour les riches, l'abrogation de la protection contre les licenciements et les privatisations de mauvais aloi, sans la moindre utilité publique, susciteront toujours des réactions similaires.»

Diena (LV) /

La fin de l'égalité et de la fraternité

Les violences dont font l'objet les manifestants ne font que rendre la situation plus explosive encore, estime Diena :

«La répression du mouvement des gilets jaunes ne règle ni les injustices sociales ni le démantèlement de l'Etat providence. Elle ne change rien au fait qu'en France, de la trinité républicaine 'liberté, égalité, fraternité', seule la liberté subsiste. C'est une mauvaise nouvelle. Pas que pour la France, mais aussi pour toute l'Europe. Car ceci remet en cause, d'une part, le rôle de la France dans l'Europe unie, et implique, d'autre part, que la prochaine mesure de Macron dans le sens de l'ultralibéralisme capitaliste ne fera qu'attiser la sédition et la propager, tôt ou tard, à d'autres pays.»

Dilema Veche (RO) /

Vers une contagion européenne ?

L'impatience des gilets jaunes est symptomatique de l'époque actuelle, écrit l'auteur Matei Visniec, domicilié à Paris :

«Quelque chose d'étrange se passe sur la planète, y compris dans le monde riche, où la démocratie fonctionne : ... La société de consommation, avec sa surabondance d'images et de 'modèles de succès', est en train de devenir toxique pour l'être humain. ... Les évènements n'ont plus aucune valeur s'ils ne sont pas immédiats. Il reste à espérer que le phénomène des gilets jaunes reste une exception française. La France a été, ces trois derniers siècles, la championne d'Europe des manifestations, des révoltes et des révolutions. L'Europe a besoin d'une France en mesure de résoudre ses crises en paix, avant que la fièvre ne devienne contagieuse.»

Fokus (UA) /

La Vieille Europe disparait

Sur le portail Fokus, le politologue Ilia Koussa estime que la mobilisation française s'inscrit dans le contexte d'un effondrement européen :

«L'Allemagne, l'Espagne et la France forment l'ultime bastion des anciennes élites traditionnelles d'Europe occidentale. Elles le sont toujours pour le moment. La contestation en France doit être mise sur le même plan que deux autres évènements observés cette semaine : les régionales en Espagne et l'élection du nouveau président de la CDU en Allemagne. ... Quoi qu'il en soit, quelle que soit l'issue du combat entre l'ancienne et la nouvelle Europe, on assistera au dépérissement progressif du paysage politique habituel. Les élections européennes de l'année prochaine seront, de ce point de vue, édifiantes.»

Mandiner (HU) /

Hongrie : une récupération éhontée de la fronde française

En Hongrie, trois politiques du parti socialiste (MSZP) ont posé devant les caméras vêtus d'un gilet jaune. Un geste que condamne Robert Puzsér sur le portail Mandiner :

«En France, ces gilets jaunes incendient des voitures et attaquent des postes de police parce qu'ils en ont assez des mensonges que leurs servent les élites. Ils en ont assez de s'appauvrir au fur et mesure que les riches s'enrichissent. Je tiens à rappeler que ces trois politiques socialistes sont la parfaite incarnation de la politique menée par Macron en France : une politique achetée par le néolibéralisme. Ils sont le visage du MSZP qui, depuis la transition politique, mène jour après jour une lutte acharnée pour la maximisation des bénéfices des multinationales et l'exploitation de la société hongroise.»

Kaleva (FI) /

Il n'y a pas d'exception finlandaise

Même si les émeutes observées à Paris semblent impensables en Finlande, la paix sociale n'est jamais acquise, met en garde Kaleva :

«La Finlande fête aujourd'hui son indépendance dans des circonstances telles que des évènements comme ceux survenus en France semblent impossibles. Dans notre pays, il en faut beaucoup pour que les gens se rebiffent. ... Et pourtant, il existe des motifs de mécontentement. Des ressentiments accumulés peuvent un jour exploser. Un groupe important de la population, formé de plus de 200 000 personnes - chômeurs, familles, retraités - et vivant dans une grande pauvreté, est exclu. S'occuper des plus vulnérables est une condition indispensable à la solidité et à la sûreté d'une société.»

Danas (RS) /

La Serbie en reste bouche bée

En Serbie, les citoyens courbent bien plus l'échine qu'en France, lit-on dans Danas :

«Vu de nos Balkans vallonnés, il se passe des choses très intéressantes en France et dans de nombreuses régions de l'Europe développée. Les citoyens insatisfaits de leur situation sociale et de leurs élites politiques montent sur les barricades ou prennent conscience des inégalités. Traditionnellement, les Français sont les plus frondeurs. De la Révolution française aux gilets jaunes en passant par Mai 68, les choses n'ont pas changé. Quand on pense à tout ce à quoi nous avons survécu. Nous survivons et nous endurons. Les riches Européens s'insurgent, protestent et se mettent en grève. ... Et nous ? Nous avons des citoyens mécontents et en colère, mais pas de révolte. Le gouvernement nous dit que la Serbie est sur la voie du progrès, alors pourquoi se révolter ?»