Quelles sont les conséquences du rapport Mueller ?

Le rapport présenté par le procureur spécial Robert Mueller exonère Trump et son équipe électorale de collusions répréhensibles avec Moscou. Le rapport est plus ambivalent sur la question de potentielles obstructions à la justice. Les journalistes évoquent l'impact de ce rapport sur la future campagne présidentielle américaine et la politique de la Russie.

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Vedomosti (RU) /

Trump est disculpé, pas la Russie

Le rapport Mueller pourrait engendrer de nouvelles sanctions contre la Russie, estime Vedomosti :

«Trump n'est ni un traître ni un agent du kremlin, c'est désormais officiel. Mais le rapport Mueller a toutefois confirmé que la Russie était bien intervenue dans les présidentielles américaines de 2016. ... Or les sanctions sont bien liées au postulat d'une immixtion russe, et non à celui d'une participation du président américain à celle-ci. Il sera difficile dorénavant pour les Etats-Unis - même pour Trump - d'empêcher de nouvelles sanctions contre la Russie. Le Kremlin s'attache à souligner que le rapport reconnaît l'absence de conjuration. Il cherche, ce faisant, seulement à détourner l'attention des accusations de cyberespionnage et de la mise en œuvre de campagnes agressives sur les réseaux sociaux.»

Dnevnik (SI) /

Les démocrates peuvent faire une croix sur l'impeachment

Trump peut désormais aborder sereinement les présidentielles de 2020, peut-on lire dans Dnevnik :

«Il se lance, plus fort que jamais, dans la campagne : les indicateurs économiques sont bons, 90 pour cent des républicains le soutiennent, de même qu'un tiers des électeurs indépendants. Il n'a plus, par ailleurs, l'épée de Mueller au-dessus de la tête. ... Sauf nouvelles révélations, les démocrates peuvent dire adieu à une procédure de destitution de Trump. Car ce serait commettre un véritable suicide politique. Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, en est consciente, mais il est probable que l'aile gauche du parti s'obstine. Si l'on pouvait penser, il y a peu de temps encore, que Trump était un danger pour le Parti républicain, on peut estimer aujourd'hui qu'il représente plutôt un problème pour l'unité des démocrates.»

La Razón (ES) /

Battre Trump dans les urnes

Le président américain a été démocratiquement élu et c'est démocratiquement qu'il devra être battu, rappelle La Razón :

«Trump était connu de la plupart des électeurs. Dans ses discours, il n'a jamais fait un mystère de son populisme et de son nationalisme. ... Nous pensons que son protectionnisme, que l'attisement de craintes et de préjugés parmi les classes sociales victimes de la mondialisation, et qu'une politique internationale manichéenne apportent plus d'inconvénients que d'avantages à la société américaine sur le long terme. Pour vaincre une telle politique, il faut se confronter à ses idées et à son programme, mettre en exergue ses erreurs et proposer des solutions alternatives. ... Il faut que les démocrates se résolvent à le vaincre dans les urnes. Face à Trump, il y a suffisamment d'arguments disponibles.»

Der Tagesspiegel (DE) /

L'impeachment, un vœu pieux

Pour Der Tagesspiegel, le rapport montre qu'il était malvenu de condamner Trump trop vite :

«Les incriminations n'ont jamais cessé, avec des gros titres comme 'Les enquêtes sur la Russie se rapprochent de plus en plus de Trump'. Or un examen plus approfondi montre que ce n'était pas le cas. Les écarts reprochés à ses collaborateurs ont souvent été constatés à des périodes antérieures à leur participation à la campagne de Trump. Certains politiques et certains médias voulaient manifestement obtenir l'impeachment du président. Ils ont pris leur désir pour des réalités, sans qu'il existe pour autant de fondement tangible. Il conviendra donc d'être plus prudent à l'avenir.»

Ria Novosti (RU) /

La fin du rêve de destitution

Ce rapport doit être un coup dur pour les détracteurs de Trump, commente Ria Novosti :

«De nombreux politologues, journalistes et experts américains espéraient que le procureur spécial Mueller trouverait des éléments compromettants, or ces espoirs ont été déçus. Il sera très difficile désormais de continuer à alimenter l'infox selon laquelle Trump serait un agent du Kremlin, arrivé au pouvoir à la suite d'une conspiration avec le Kremlin - qui a de son côté orchestré une immixtion dans la campagne présidentielle américaine. Cela doit être navrant, surtout pour ceux qui, depuis 2016, ne cessent de ressasser que Trump est un agent du KGB et que la défaite électorale de Hillary Clinton est le résultat d'une opération spéciale spécifiquement ordonnée, voire même coordonnée, par Vladimir Poutine.»

Telegram.hr (HR) /

Trop de signes

Telegram.hr a du mal à croire le rapport Mueller :

«On voit bien, depuis deux ans, que quelque chose ne va pas dans les rapports de Trump à la Russie. Il suffit de considérer ses relations avec Poutine pour comprendre qu'il y a forcément un accord. Trump a menti sur tout ce qui a trait à la Russie, pendant la campagne et après, jusqu'à aujourd'hui. Il n'y a personne sur Terre que Trump n'ait offensé, du pape à Meryl Streep - à l'exception de Poutine. ... Trump a tellement menti concernant la Russie et attaqué les enquêteurs avec une virulence telle qu'il faudrait être simple d'esprit pour ne pas voir qu'il cache quelque chose et qu'il entretient des liens secrets avec Poutine.»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

Un rapport éclairant

Si Mueller blanchit Trump, il a néanmoins confirmé deux éléments importants, se réjouit Neue Zürcher Zeitung :

«Le soupçon d'accords illégaux avec la Russie n'était que l'un des nombreux volets de l'enquête. Il y avait aussi, par exemple, l'accusation d'une immixtion de la Russie dans la campagne électorale américaine, par le biais d'une opération de propagande numérique sophistiquée. Lorsque le procureur spécial a commencé son travail, seules de vagues évaluations des services de renseignement étaient connues de l'opinion publique. Trump pouvait alors annoncer régulièrement qu'il ne faisait pas confiance à ses services secrets et que les cyberattaques sur des ordinateurs démocrates pouvaient aussi bien avoir été l'œuvre d'un autre Etat, voire d'un individu isolé. Or dans deux chefs d'accusation, Mueller a esquissé le tableau plausible d'opérations menées par la Russie.»