Réfugiés : l'UE trouvera-t-elle une approche commune ?

Conflit autour des sauvetages en mer Méditerranée, question irrésolue de la répartition des réfugiés, guerre civile libyenne : l'Europe doit s'atteler à plusieurs problèmes en souffrance dans la crise des réfugiés. Les éditorialistes évoquent différentes approches.

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The Malta Independent (MT) /

La solidarité ne saurait être 'à la demande'

Pour de nombreux pays de l'UE, la solidarité avec les pays riverains de la Méditerranée n'est qu'optionnelle, déplore The Malta Independent :

«Il n'existe en réalité qu'une poignée d'Etats, toujours les mêmes, qui apportent leur aide. Le reste semble être disposé à occulter tranquillement le problème. Ceci crée un dangereux précédent : que se passera-t-il si l'un des pays d'arrivée des migrants devait connaître de graves difficultés, et si les autres pays décidaient tout bonnement de ne pas lui venir en aide ? Si la solidarité est vue comme un choix optionnel, alors cela affaiblit l'idée européenne. Le simple fait de choisir ou non d'être solidaire, c'est déjà faire une croix sur le principe de solidarité, et ceci pourrait avoir des répercussions insoupçonnées sur les pays qui font le choix de rester en retrait et de ne rien faire. Des êtres humains meurent en Méditerranée. La Libye n'est pas un pays aussi sûr que le prétendent les gouvernements de l'UE. L'Europe est tenue de trouver une solution.»

NRC Handelsblad (NL) /

La politique mortifère de l'Europe

Les Pays-Bas doivent prendre leurs responsabilités, souligne le sociologue et philosophe Willem Schinkel dans NRC Handelsblad :

«[Dans 'L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique', 1939 ] le philosophe juif allemand Walter Benjamin estimait que 'le fascisme tente d'organiser les masses sans remettre en cause la propriété capitaliste qu'il tente de sauver.' C'est ce qui est en train de se produire en Europe : on observe partout la volonté de protéger le 'peuple véritable' de migrants prétendument 'exogènes', comme si ceux-ci étaient responsables de l'accroissement des inégalités. ... Salvini et ses sbires disent clairement que la 'fierté' de l'Italie prime sur les vies humaines. ... Il est temps de mettre fin à cette politique. Il faut réguler les flux migratoires en Méditerranée. ... Tant que le gouvernement néerlandais ne promouvra pas des mesures de ce type, il se rendra complice de cette politique néocoloniale qui coûte la vie à des milliers d'êtres humains en mer.»

Tygodnik Powszechny (PL) /

L'action louable du pape

Le pape François a célébré lundi en la basilique Saint-Pierre une messe en présence de réfugiés et de sauveteurs en mer. Pour le journal Tygodnik Powszeczny, c'est un geste porteur d'espoir :

«Ces dernières semaines, les garde-côtes et la marine italienne ont quasi quotidiennement sauvé des dizaines de personnes en mer. ... Mais lorsque ce sont des navires affrétés par des ONG qui le font, le vice-Premier ministre et ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini tire la sonnette d'alarme, tente de bloquer l'accès aux ports italiens, envoie ses garde-frontières et ordonne de passer les menottes aux capitaines des navires concernés. Tout cela au prétexte de 'défendre les sacro-saintes frontières de l'Etat italien'. ... Il semblerait que la voix du pape n'aurait pu se faire entendre à un meilleur moment.»

Jornal Económico (PT) /

Voir l'intégration comme une opportunité

Il faut favoriser l'accueil des réfugiés et l'intégration en définissant un cadre clair et réglementé, estime la spécialiste des questions migratoires Niza Ribeiro dans Jornal Económico :

«L'élaboration d'un plan commun et d'une approche structurée face à la crise des réfugiés pourrait transformer ce qui est perçu comme un risque aujourd'hui en opportunité - notamment aux yeux de l'opinion publique. Seule l'intégration peut permettre de prévenir les conflits. Mais le processus d'intégration doit toujours être réciproque et se baser sur le respect mutuel, sans instaurer de tutelle perverse et trompeuse, car ceci est néfaste au vivre-ensemble.»

Gazeta Wyborcza (PL) /

Les réfugiés, nouvelle monnaie d'échange

L'Europe préfère soutenir les dictateurs plutôt que les réfugiés, juge Gazeta Wyborcza :

«Moins un gouvernement est démocratique, moins il veut se débarrasser des réfugiés qui séjournent sur son territoire. L'Egypte s'est récemment mise à attirer des milliers de migrants de la bande de Gaza, qui lui donnent une position plus avantageuse dans les négociations. Cette situation durera tant que nous ne serons pas prêts à investir dans les réfugiés et à leur permettre de participer à la croissance de notre économie, et que nous préférerons payer pour les tenir à distance.»

Le Monde (FR) /

L'Afrique du Nord ne doit pas devenir une zone tampon

Tout comme l'Europe, l'Afrique du Nord doit prendre une décision importante quant à la crise des réfugiés, souligne le sociologue marocain Mehdi Alioua dans Le Monde :

«Si l'Europe devra choisir entre Carola Rackete ou Salvini, l'Afrique méditerranéenne et sahélienne devra elle aussi choisir entre produire une véritable politique migratoire africaine ou participer à la stratégie européenne de frontiérisation. Le danger de devenir une zone tampon, ni européenne, ni africaine, où de nouveaux 'goumiers', sortes de supplétifs postcoloniaux de la frontière européenne, tabassent, emprisonnent et poussent les migrants à s'aventurer sur des routes dangereuses est réel. Nous le constatons tous les jours avec le cas libyen, et le silence de nos dirigeants n'est pas rassurant.»

Die Welt (DE) /

L'agence Frontex doit prendre les commandes

Après avoir louvoyé pendant des jours en Méditerranée, le navire Alan Kurdi a pu débarquer dimanche à Malte les 65 réfugiés qui étaient à son bord. Pour le quotidien Die Welt, le fait que ce dernier ait au préalable mis le cap sur Lampedusa est une provocation :

«Car les réfugiés ont été récupérés dans la zone de recherche et de sauvetage sous la responsabilité des garde-côtes libyens. Le poste de commande pour les sauvetages en mer libyen avait proposé au Alan Kurdi d'accoster à Zawiya. Mais le navire de l'organisation humanitaire de Ratisbonne Sea-Eye a mis le cap sur Lampedusa. Certes, son équipage veut sauver des vies, mais il s'efforce également de mener une guerre ouverte contre le ministre de l'Intérieur populiste italien. Il est temps de laisser à l'agence européenne Frontex le soin de contrôler la mer, de sauver des vies, d'établir des hotspots et d'y amener les migrants pour examiner leur cas.»