Menaces tarifaires de Trump : quelle parade pour l'UE ?

Le président américain, Donald Trump, a annoncé des droits de douane supplémentaires contre huit Etats européens qui s'opposent à ses visées au Groenland. Ces taxes à hauteur de dix pour cent doivent entrer en vigueur le 1er février et s'appliquer jusqu'à l'acquisition de l'île de l'Arctique. Dans le cadre d'un sommet extraordinaire organisé jeudi, l'UE doit discuter de sa riposte. Les éditorialistes évoquent plusieurs pistes possibles.

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Süddeutsche Zeitung (DE) /

La confrontation est un jeu risqué

Les moyens de pression de l'Europe sont limités, met en garde le quotidien Süddeutsche Zeitung :

«Qu'il s'agisse des services de cloud, des plateformes en ligne ou des puces IA, l'Europe est structurellement dépendante des Etats-Unis dans le domaine informatique. Sans le gaz naturel liquéfié américain, rien ne fonctionne plus dans l'UE. Les Etats-Unis détiennent des leviers de pression inégalables avec leurs garanties de sécurité et leur participation nucléaire. Si Trump se fâche, il peut tout bonnement débrancher l'Europe. … Appeler à contrer Trump parce qu'il aurait franchi une ligne rouge avec le Groenland est donc par trop simpliste. Car le président a déjà franchi de nombreuses lignes rouges. Et contrairement à la Chine, qui avait su mener cette confrontation avec succès l'année dernière, l'Europe n'est pas en mesure de le faire.»

Berlingske (DK) /

Dégainer le bazooka commercial

Il n'y a qu'une réponse possible à la menace de droits de douane américains, selon Berlingske :

«Lors de leur sommet cette semaine, les gouvernements des pays de l'UE doivent décider d'activer l'arme la plus puissante qui soit : ce qu'on appelle le 'bazooka' de la politique commerciale, dont le but est de contrer les tentatives de pression économique [l'instrument anti-coercition]. … C'est de Trump qu'est né ce conflit. L'Europe doit se garder de l'envenimer, mais elle doit être prête à payer le prix d'une réponse directe aux menaces de droits de douane de Trump. La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine nous a montré que Trump cédait dès que les coûts devenaient trop élevés pour son pays. Bien sûr, une guerre commerciale se paye au prix fort. Mais il faut se rendre compte que toute alternative serait plus préjudiciable encore.»

Rzeczpospolita (PL) /

Prudence est mère du sûreté

Dans Rzeczpospolita, le politologue Marek A. Cichocki déconseille à la Pologne de braver les Etats-Unis sur la question du Groenland :

«La situation est certainement délicate, car il faut aussi tenir compte des sensibilités des Etats scandinaves, qui sont nos principaux alliés dans la Baltique. Mais cela ne veut pas dire qu'il faille emprunter la voie tracée par Paris et Berlin, qui font de la question du Groenland une guerre par procuration avec Trump. Il faut s'en garder. Non pas par amour pour Trump, mais parce que nous avons nos propres intérêts de sécurité.»

Die Zeit (DE) /

Boycotter le prochain Mondial de football

Un boycott de la Coupe du monde de football, qui se tiendra principalement aux Etats-Unis, pourrait constituer une stratégie à exploiter, suggère Die Zeit :

«Sans la France, l'Angleterre, l'Allemagne et l'Espagne, on ne verrait pas les nations les plus fortes se livrer bataille au niveau international. Le Mondial deviendrait un tournoi sans enjeu. Trump trouverait ça détestable. … Son omniprésence teintée d'arrogance lors de la Coupe du monde des clubs donne un avant goût de l'utilisation qu'il fera de la plus grande manifestation sportive mondiale à ses propres fins. La menace d'un boycott ne relève pas seulement du devoir moral. Elle aurait un poids politique. Pourquoi ne pas faire figurer cette thématique à l'ordre du jour du sommet extraordinaire de l'UE ? … C'est le seul langage que Trump comprend.»

Le Figaro (FR) /

Une action souveraine est de mise

L'Europe a le choix entre la résistance et la soumission, estime Le Figaro :

«Le moment est venu de répondre ou de disparaître. De choisir entre la souveraineté et la vassalisation. L'Europe a des armes, économiques notamment, comme ce bien nommé ' instrument anticoercition' qu'elle n'a jamais osé utiliser, et dont Emmanuel Macron demande l'activation. Droits de douane contre droits de douane, sanctions contre sanctions : il faut prendre acte que l'alliance transatlantique est en ruine et signifier à l'Amérique de Trump qu'elle sera dorénavant traitée pour ce qu'elle est – une puissance hostile. [L'UE] doit se regrouper autour d'un noyau dur de pays souverains animés par les mêmes ambitions existentielles.»

De Telegraaf (NL) /

Cesser de courber l'échine

Il est temps que l'UE réponde enfin avec poigne, fait valoir De Telegraaf :

«La Chine et le Canada ont montré que Trump n'écoutait que les réactions virulentes. Les pays de l'UE semblent l'avoir enfin compris. … C'est une bonne chose. Nous avons déjà courbé l'échine bien plus longtemps que nécessaire. Avec 500 millions de consommateurs, l'Europe est un marché auquel les Etats-Unis ne peuvent renoncer, et des entreprises de pointe comme ASML sont primordiales pour le secteur technologique américain. Il faut être conscient de nos propres forces et oser rendre à Trump la monnaie de sa pièce. … Dans le cas contraire, il continuera de nous rudoyer.»

La Stampa (IT) /

Du bluff

Si elles ne doivent pas être prises au sérieux, les menaces de Trump posent néanmoins un défi à l'Europe, juge La Stampa :

«Pour obtenir le Groenland, Donald Trump met l'Europe à genoux, ou inversement : le Groenland lui offre le prétexte pour mettre l'Europe à genoux. Les droits de douane annoncés contre huit alliés européens sont une gifle brutale. Les justifications avancées sont puériles et historiquement fausses. … S'il s'agit d'une épreuve de force, l'Europe doit avoir la force de s'y opposer et de ne pas s'y soustraire. Il s'avèrera que dans cette affaire, Trump est bien moins fort qu'il le prétend. Le recours aux droits de douane dissimule une mauvaise main. Tel un joueur de poker qui bluffe et tente de relancer pour décrocher la mise.»

The Guardian (GB) /

L'Europe sort ses griffes

L'UE fait front contre les menaces de Trump, ce que The Guardian juge encourageant :

«Trump n'est pas mu ici par des considérations comme la sécurité économique, le commerce inique ou la protection des travailleurs américains. Ce qui lui importe, c'est d'utiliser les droits de douane comme une arme pour soumettre les autres pays. La réaction de l'Europe a été unanime et rapide. Cela, en soi, envoie un message clair. … Même l'Italie de Giorgia Meloni, considérée comme proche de Trump au plan idéologique, a qualifié la menace tarifaire d''erreur'. … Trump croit que l'influence s'acquiert en recourant aux ultimatums et à la coercition. Mais dans le monde réel, la puissance repose sur la confiance, la prévisibilité et la capacité à persuader les autres.»

Volodymyr Horbatch (UA) /

Vers un deuxième front en Europe

Seul le Congrès peut stopper Trump, estime le politologue Volodymyr Horbatch sur Facebook :

«En décidant d'imposer de nouveaux droits de douane aux alliés européens du Danemark, Trump ouvre un deuxième front en l'Europe, après le premier formé par Poutine. … Nous n'en sommes plus au stade d'une simple rhétorique qui viendrait appuyer un quelconque jeu politique. … A mon avis, il ne bluffe pas : il aspire vraiment à entrer dans l'histoire des Etats-Unis, à l'instar de Poutine en Russie. ... L'Ukraine s'est mise en travers des visées de Poutine, même si elle n'y parvient pas entièrement. Dans le cas de Trump, seuls les membres du Congrès peuvent bloquer l'engrenage. Il existe encore des citoyens raisonnables et leurs représentants aux Etats-Unis. Et des élections relativement libres auront bientôt lieu.»