Une explosion des violences politiques en France ?

Un mois avant les élections municipales, la mort d'un étudiant proche d'un collectif identitaire secoue la France : selon le Parquet, Quentin D. a été tabassé par plusieurs personnes le 12 février, à Lyon, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan. Le gouvernement français impute l'agression au groupe antifasciste la Jeune Garde, proche de LFI.

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La Stampa (IT) /

Un climat de peur

La situation en France est explosive, écrit La Stampa :

«Rarement la France a craint à ce point une éruption de violences politiques. Ces 15 dernières années, le pays a été confronté à plusieurs épreuves majeures, des attentats islamistes aux meurtres politiques, en passant par les émeutes dans les banlieues. … Mais la société, les institutions, la classe politique et les citoyens ont tenu bon. Il n'y a pas eu de cycles de vengeances ou de représailles. Cette fois, le contexte est différent et le climat anxiogène. … A l'approche de la présidentielle, la politique est au bord de l'implosion et la situation particulièrement explosive.»

taz, die tageszeitung (DE) /

Où est la solidarité avec les victimes immigrées ?

Le quotidien taz constate une suridentification discutable avec la victime :

«Une sorte d'effet Charlie Kirk. Ainsi, le président Emmanuel Macron a assuré à la famille de la victime rien moins que le 'soutien de la nation'. Une condamnation de la violence n'aurait-elle pas été suffisante ? A titre de comparaison : le 31 mai 2025, le coiffeur tunisien Hichem Miraoui a été abattu de cinq balles par un partisan de Le Pen. ... Des violences policières racistes causent aussi régulièrement des morts en France. … On pourrait aussi citer les 164 féminicides rien que pour l'année 2025. … Il est révélateur que pour les femmes et les personnes aux patronymes africains, la rhétorique politique est bien loin de propager un sentiment similaire de 'Nous'»

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The Spectator (GB) /

Le danger émanant de l'extrême gauche est occulté

Dans sa campagne contre Marine Le Pen et l'extrême droite, la gauche française ferme les yeux sur le degré de radicalisation de ses propres partisans, estime The Spectator :

«De nombreux gauchistes, tout comme leurs amis dans les médias, souffrent d'une perception sélective. Alors qu'ils ne cessent de qualifier le parti de Marine Le Pen de danger pour la démocratie, ils méconnaissent le danger évident et actuel émanant de la gauche. … Une grande partie de la gauche française croit détenir le monopole de la morale. Elle croit également que dans la lutte contre les 'fascistes', tous les coups sont permis. Leur fanatisme les empêche de voir la réalité en face : qu'ils sont eux-mêmes devenus fascistes.»

Libération (FR) /

Une récupération éhontée

L'extrême droite cherche à exploiter l'affaire, prévient Libération :

«Ainsi, Marion Maréchal Le Pen a-t-elle déclaré que 'la violence d'extrême droite est dérisoire par rapport à la violence d'extrême gauche'. C'est faux. Le ministre de l'Intérieur pourrait le confirmer. Jordan Bardella s'est lui livré, lors de sa conférence de presse, à une opération de manipulation, en prétendant notamment que le RN n'a plus aucun lien avec des groupuscules fascistes, identitaires, ultra-violents, racistes. C'est faux. … Les jours et semaines qui viennent diront si le drame de Lyon va favoriser une bascule qui pèserait évidemment très lourd sur le scrutin présidentiel. Rien n'est sûr.»

The Conversation (FR) /

Enseigner les techniques de désescalade

Le refus de la violence doit faire partie du cursus scolaire, préconise le chercheur en psychologie politique, Antoine Marie, dans The Conversation :

«Il faut enseigner systématiquement les techniques de la désescalade, comme le refus de répondre aux provocations par la violence. L'histoire du mouvement des droits civiques américains montre que la non-violence est moralement supérieure, mais aussi stratégiquement plus efficace. Notamment parce qu'elle donne un plus grand 'crédit moral' aux mouvements sociaux auprès de ceux qui n'en sont pas déjà les partisans. … A la limite, puisque c'est chez les jeunes (hommes) qu'ils sont les moins rares, les mécanismes de la radicalisation pourraient être enseignés dès le lycée et le collège, comme on commence à le faire avec la désinformation.»

Les Echos (FR) /

Un tournant à quelques semaines des élections

Cette tragédie va envenimer le climat en France et faire passer certaines questions essentielles au second plan :

«A un mois des élections municipales, cet événement marque quoi qu'il en soit un tournant : l'extrémisme tue en France. La violence, avérée cette fois, du débat public, sa polarisation assumée par les extrêmes, constituent un des marqueurs de ces dernières années. ... Au-delà, comme aux élections locales, la sécurité y occupera une place que l'on devine de plus en plus centrale. C'est certainement légitime s'agissant d'un droit fondamental, mais l'économie n'y trouvera pas son compte. Face aux défis immenses à relever, les projets économiques et budgétaires des futurs candidats mériteraient de ne pas passer au second plan.»

Libération (FR) /

Faire revenir le calme dans le pays

Il faut éviter de jeter de l'huile sur le feu, prévient Libération :

«Ce qui est sûr, c'est que le climat insupportable d'outrance et d'intolérance dans lequel baigne depuis un certain temps la politique française – et malheureusement pas seulement elle – ne peut qu'engendrer ce genre de drame en échauffant des esprits trop simples, de quelque bord qu'ils soient. Mais ceux qui aujourd'hui pointent du doigt tel ou tel fautif, attisant davantage encore les braises de ce chaudron de haines recuites, feraient bien de retrouver leur calme et leur sérieux. ... A un mois des élections municipales et près d'un an de la présidentielle, il faut garder à l'esprit, à chaque seconde, que la violence politique peut conduire à tuer.»

Le Figaro (FR) /

Martyr de la liberté d'expression

Selon Le Figaro, Quentin est la victime d'une idéologie gauchiste tyrannique :

«Le 'totalitarisme antifasciste' prophétisé par Finkielkraut était là à Lyon jeudi soir dans sa forme la plus sauvage mais il plane dans l'atmosphère depuis trop longtemps comme un conformisme vénéneux. Une génération entière formée à déshumaniser tout ce qui s'approcherait de près ou de loin de 'l'extrême droite', un personnel politique qui par couardise donne le change, un clergé médiatique qui forge les anathèmes et à la fin un gamin venu paisiblement protéger une banderole contre 'l'islamo gauchisme dans nos facs' qui meurt sous un déchaînement de coups. ... Quentin dans cette histoire n'est pas 'un militant' pris dans une 'rixe' mais un martyr de la liberté d'expression.»