Israël : Israël introduit la "peine de mort pour les terroristes"
La Knesset a adopté une loi instaurant la peine de mort pour les terroristes. 62 des 120 députés ont approuvé cette initiative portée par le parti du ministre de la Sécurité nationale d'extrême droite, Itamar Ben-Gvir. La loi concerne les auteurs de meurtres à caractère terroriste condamnés par des tribunaux militaires dans les territoires occupés. Ainsi, elle ne s'applique de fait qu'aux Palestiniens. La presse européenne fait part de son indignation.
Rompre avec Israël
De Volkskrant réclame des mesures de la part de Bruxelles et de La Haye :
«Une Europe garante du droit international et de l'ordre mondial 'basé sur les règles' ne doit pas rester sans rien faire alors qu'Israël ne cesse de piétiner ce droit. L'accord d'association entre Israël et l'Union européenne, qui offre des avantages commerciaux non négligeables à l'Etat hébreu, doit être suspendu au plus vite. Et si l'Europe ne parvenait pas à le faire, les Pays-Bas doivent mettre fin à toute coopération avec Israël. … Ceux qui affirment défendre le droit international, tout en refusant de prendre des mesures à l'encontre d'Israël, nuisent à leur propre intégrité morale.»
Enrayer le divorce
Le quotidien catholique La Croix écrit :
«Israël s'éloigne ainsi à marche forcée d'un cadre de valeurs auquel il avait choisi de s'associer et qui attribue à toute personne une égale dignité, quelles que soient ses différences. … L'actuel Premier ministre forge une identité monolithique où une histoire, celle du judaïsme, est instrumentalisée. Le peuple israélien est responsable de la route qu'il prend. Mais cette évolution nous interpelle, comme Européens et comme chrétiens. Notre proximité avec Israël, historiquement, culturellement, économiquement et pour certains, spirituellement, nous oblige à exprimer incompréhension et réprobation. … Pour enrayer le divorce, il faut soutenir les défenseurs des droits humains qui restent actifs dans ce pays.»
Une injustice criante entérinée
Frankfurter Rundschau fait part de son indignation :
«La loi est une claque au visage de tous ceux qui tentent de faire d'Israël un pays démocratique et égalitaire. Tous les terrorismes ne se valent pas, voilà le message central de cette loi. Autrement dit : toutes les vies humaines n'ont pas la même valeur. ... Au lieu de s'en prendre aux actes de terreur perpétrés par les colons en Cisjordanie, la coalition de Nétanyahou préfère s'employer à cimenter une injustice criante. Le fait que peu de voix se soient élevées contre cette proposition au Parlement est tout à fait scandaleux.»
Incompatible avec le monde civilisé
Phileleftheros fustige une loi à sens unique :
«La proposition de loi concerne exclusivement le terrorisme arabe. Les crimes commis par des extrémistes contre des Arabes sont plus rares, mais ils n'en restent pas moins des crimes. Si certains des auteurs de ces crimes sont condamnés et incarcérés, beaucoup d'autres s'en sortent en bénéficiant d'une impunité totale ou sont acquittés par la suite. Quoi qu'il en soit, une loi qui ne couvre pas également ces crimes est particulièrement problématique d'un point de vue juridique et moral. … L'adoption de ce projet de loi, de surcroît par l'un des pays les plus libéraux au monde, n'aidera certainement pas Israël, et sera du reste incompatible avec l'époque contemporaine et le monde civilisé, auquel appartient Israël.»
Aucune grâce ni remise de peine
Le projet de loi élimine la quasi-totalité des garde-fous juridiques qui empêchent l'application de la peine de mort, explique Rzeczpospolita :
«Il prévoit la pendaison comme unique mode d'exécution, l'Israel Medical Association (IMA) ayant préalablement refusé que des exécutions soient pratiquées par injection létale. De plus, les Palestiniens condamnés à mort par des tribunaux militaires ne pourront solliciter ni grâce, ni remise de peine. … Les détracteurs de la loi font valoir que les règles équivalentes en vigueur aux Etats-Unis, auxquelles se réfèrent les partisans du projet, imposent comme condition d'application l'unanimité du jury, alors qu'en Israël, une simple majorité des juges suffira.»
L’accusation d’apartheid confortée
Dagens Nyheter s'est entretenu avec d'anciens prisonniers et évoque les conditions de détention des Palestiniens :
«Une nourriture qui manque cruellement, des nuisibles, une humiliation constante par les gardiens et aucun contact avec le monde extérieur. Mais au moins, ils ont eu la chance d'en ressortir vivant. Nombreux sont ceux, de par le monde, à reprocher à Israël de maintenir un système d'apartheid, et d'adopter un traitement distinct entre les êtres humains. Parfois, ces critiques sont injustifiées. Mais une loi qui autorise la peine de mort, pour l'un des deux groupes de population seulement, apporte de l'eau au moulin de ces détracteurs.»
En rupture avec les conventions internationales
La Repubblica rappelle la dernière exécution capitale dans le pays :
«Israël a aboli la peine de mort en 1954, ne l'appliquant que pour les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et certains crimes relevant du droit militaire. De plus, elle n'a été appliquée qu'à deux reprises, et cela remonte à bien longtemps : la dernière fois, c'était en 1962, avec l'exécution du nazi Adolf Eichmann. Lors des discussions préparatoires internes du Comité de sécurité nationale, la conseillère du ministère de la Justice, Lilach Wagner, ainsi que des représentants de l'armée, ont averti que l'introduction de la peine de mort en Cisjordanie [et à Gaza] par le biais d'une loi civile serait 'extrêmement problématique' sur le plan juridique. Selon eux, une telle loi contredirait les traités internationaux signés par Israël, notamment le moratoire de l'ONU de 2007 sur les exécutions.»