Victoire de Magyar en Hongrie : quelle portée ?
Péter Magyar a nettement remporté les législatives en Hongrie : son parti de centre-droit proeuropéen, Tisza, a obtenu 138 sièges sur 199. Une majorité des deux tiers qui lui donne les coudées franches pour gouverner. Le Premier ministre sortant, Viktor Orbán, qui dirigeait la Hongrie depuis 2010 avec un autoritarisme croissant, a concédé la défaite de son parti, le Fidesz (extrême droite). La participation a été inhabituellement élevée : 79,5 pour cent.
Un nouvel espoir pour l'Europe
Dagens Nyheter se réjouit :
«On ne saurait souligner assez l'importance des résultats de dimanche pour l'Europe. Les attaques d'Orbán contre l'Etat de droit et la démocratie étaient aussi une attaque contre les piliers de l'UE. … Il faudra du temps pour rétablir l'Etat de droit, qui a été affaibli, et refonder un paysage médiatique libre. Et il y a des points d'interrogation autour de Péter Magyar, qui est issu du Fidesz. Il n'est peut-être pas Donald Tusk – celui-ci, après son élection à la tête de la Pologne, a fait de son pays, jusque-là allié à Budapest, une force motrice de la coopération européenne. Mais le principal, c'est qu'il n'est pas Viktor Orbán. Le résultat électoral de dimanche revêt une importance cruciale. Les Hongrois ont donné à l'Europe un nouvel espoir.»
Moscou en échec à Budapest
La Russie perd son plus fidèle allié dans l'UE, constate le député de la Rada ukrainienne, Mykola Kniajyzkyi, sur Facebook :
«Le gouvernement Orbán pensait pouvoir créer dans son pays une sorte de 'petite Russie' à l'aide des polit-technologues [conseillers] russes, mais ce projet n'a pas fonctionné, ce qui n'est pas étonnant. La Russie a essuyé un échec en Hongrie : elle ne sera plus en mesure d'exempter ses oligarques des sanctions, d'acheter des politiciens en vendant du pétrole bon marché ou de récupérer des informations sensibles à partir de sources confidentielles.»
L'UE n'a plus de prétexte pour ne pas agir
La Stampa met en garde :
«L'UE court maintenant le risque de croire que le danger serait écarté et que l'onde réactionnaire aurait perdu en amplitude. … Il va de soi que Bruxelles aura moins de mal à faire voter le 20e paquet de sanctions contre la Russie et à débloquer le crédit de 90 milliards d'euros destiné à l'Ukraine sans ce cheval de Troie. Mais il sera essentiel d'engager des réformes en plus pour renforcer l'autonomie stratégique de l'UE. Depuis hier, les chefs d'Etat et de gouvernement ne peuvent plus avancer le prétexte du véto hongrois pour justifier leur inertie.»
Un regain de démocratie
Kurier se réjouit de constater que les voix critiques ne se sont pas laissées bâillonner :
«En 16 ans au pouvoir, Orbán n'aura pas réussi à anéantir la presse indépendante et le courage civil. C'est ce que nous a montré la campagne électorale. … Alors que les conditions étaient tout sauf favorables, les médias critiques du pays ont prouvé leur ténacité et leur sens des responsabilités. … Orbán n'a pas réduit la contestation au silence, bien au contraire. La presse indépendante a tellement d'aplomb que même Magyar n'est pas particulièrement enclin à lui accorder des interviews. La démocratie hongroise a rarement été aussi dynamique qu'aujourd'hui.»
Comment résister à la tentation du pouvoir ?
Cette victoire écrasante comporte aussi des risques, juge hvg :
«Péter Magyar dispose d'une majorité plus importante qu'Orbán n'en a jamais eue. La majorité des deux tiers remportée au Parlement l'autorise à changer de système sans entrave. … Dans ces conditions, résistera-t-il à la tentation de s'arroger tous les pouvoirs ? C'est en tout cas ce qu'il a promis dimanche soir, en savourant la victoire. Mais réussira-t-il à créer et maintenir des contrepouvoirs, si ceux-ci sont susceptibles ensuite de réduire sa marge de manœuvre, dans l'hypothèse où gouverner serait difficile ? Car l'exécutif devra relever des défis sans précédent, face à un ordre mondial en pleine mutation, sans parler des caisses de l'Etat mises à sac, d'un système de clientélisme social insoutenable, et d'attentes démesurées. »
Babiš et Fico désormais menacés
Le scrutin envoie un avertissement aux apprentis Orbán dans la région, fait valoir Respekt :
«Les opposants aux tendances autoritaires en Europe centrale et occidentale bénéficient d'un nouveau souffle. Magyar n'est pas un thaumaturge, et il divergera certainement de l'Europe sur de nombreux points. Mais il a su faire ce qui semblait impossible : vaincre l'autoritaire Viktor Orbán. C'est un message retentissant qui se propage bien au-delà de l'Europe. Même les individus rétrogrades ne peuvent l'ignorer : plusieurs membres du gouvernement tchèque vont se faire un sang d'encre ; et dans la Slovaquie voisine, les cercles gouvernementaux doivent être pris de panique.»