Victoire de Magyar : une nouvelle ère pour la Hongrie ?

Après son triomphe électoral, Péter Magyar a évoqué ses priorités : lutter contre la corruption, mais aussi limiter la fonction de Premier ministre à deux mandats de quatre ans maximum. La Hongrie sera à l'avenir un partenaire constructif pour l'UE, a-t-il affirmé. Il a aussi évoqué l'introduction de l'euro comme un objectif à long terme. Les médias européens évaluent les perspectives de changements et tirent les conclusions de la défaite de Viktor Orbán.

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Válasz Online (HU) /

Soigner une démocratie abîmée

Au moins, la Hongrie n'a pas à repartir de zéro, souligne Válasz Online :

«Heureusement, le projet de changer de système ne nécessite pas de modifications aussi importantes qu'en 1990. … Il ne s'agit pas, cette fois-ci, de remplacer une dictature communiste imposée de l'étranger par une démocratie, mais de remettre en ordre de marche une démocratie abîmée, à laquelle avait été impulsé un cap illibéral. Il faudra à la fois faire preuve de détermination et de modération. Dimanche soir, depuis les rives du Danube, le futur Premier ministre s'est dit prêt à relever ce défi. C'est une nouvelle opportunité, que nous sommes allés chercher, pour ainsi dire, de haute lutte. Si tout le monde s'efforce de rester raisonnable, on pourra la faire fructifier. Notre pays peut devenir un endroit meilleur.»

Expresso (PT) /

La démocratie n'est pas une évidence

Magyar doit prouver qu'il a vraiment à cœur de faire revenir le pays dans le giron de l'Europe démocratique, fait valoir Expresso :

«On ne peut se contenter de saluer la victoire de Magyar, remettre les compteurs à zéro et débloquer les fonds gelés. L'UE doit faire comprendre au nouveau Premier ministre hongrois qu'il devra user du pouvoir qui lui est confié pour assurer le retour de la démocratie en Hongrie. La démocratie, ce n'est pas que des élections libres – en plus d'être libres, celles-ci doivent être équitables. La démocratie est aussi tributaire de la liberté de la presse et de la séparation des pouvoirs. L'Europe ne peut se satisfaire de la seule défaite du Fidesz.»

agora.md (MD) /

Une tâche délicate, comme en Pologne

Il ne sera pas simple de réformer le système mis en place par Orbán, écrit le politologue Laurențiu Pleșca sur le portail de blogs agora.md, invoquant l'exemple polonais :

«L'instrument constitutionnel dont Magyar hérite avait été créé pour servir un seul homme. … On ne peut s'attendre à ce que Tisza résolve tous les problèmes liés à l'Etat de droit ; le système forgé par Orbán ces 16 dernières années pourrait venir corrompre le parti. Les PECO ne connaissent que trop bien ce schéma : en Pologne, le PiS a laissé derrière lui un Etat entravé, dont le gouvernement Tusk cherche péniblement à se libérer depuis deux ans, se heurtant à chaque fois à des résistances. La Hongrie ne dérogera pas à la règle.»

wPolityce.pl (PL) /

Magyar n'est pas Tusk

Le futur Premier ministre hongrois ne correspond pas à l'image que s'en font de nombreuses personnes dans l'UE, prévient wPolityce.pl :

«Les espoirs de Donald Tusk, à savoir que Péter Magyar sera son pendant hongrois, sont particulièrement naïfs. Magyar ne deviendra pas d'un seul coup un adversaire résolu de la Russie ni un partisan convaincu de l'Ukraine, et il n'abandonnera pas la ligne défendue par Orbán vis-à-vis de l'immigration clandestine – il pourrait même sévir davantage sur cette question. … Magyar fera certes quelques gestes vis-à-vis de la Commission européenne, afin de percevoir les fonds européens gelés, mais il ne soutiendra pas forcément la transformation de l'UE en un super-Etat sous protectorat allemand.»

Kronen Zeitung (AT) /

L'extrême droite a fait son temps

Die Kronen Zeitung constate que les démagogues n'ont pas plus la cote :

«Péter Magyar n'a rien d'un gauchiste, mais il n'évolue pas à contre-courant de l'Europe comme Orbán. S'il n'est pas forcément un anti-Orbán, il est du moins un adversaire des populistes, dont Orbán était l'archétype en Europe. Aujourd'hui, ils ont perdu les élections. Et de manière générale, on ne peut pas dire que ceux qui sont au pouvoir aient le vent en poupe actuellement. Geert Wilders a été boudé par les Néerlandais et la pseudo-réforme de justice voulue par Giorgia Meloni n'a pas abouti. Bref, les électeurs européens livrent l'avertissement suivant à l'extrême droite : ça suffit comme ça !»

Der Spiegel (DE) /

Préférer la realpolitik à l'idéologie

Magyar montre comment remettre les tenants de l'extrême droite autoritaire à leur place, analyse Der Spiegel :

«Il a refusé de s'engager sur le terrain de prédilection d'Orbán : le clivage idéologique. Sur les questions d'immigration et de genre, le Premier ministre n'a pas réussi à s'imposer face au conservateur, qui appartenait lui-même auparavant au Fidesz. Magyar s'est concentré sur les véritables préoccupations des citoyens : stagnation économique, corruption et le délabrement du système de santé. … C'est sur le plan politique et non idéologique qu'on peut combattre l'extrême droite autoritaire. Pour lui faire barrage, il ne faut pas s'aventurer sur les débats clivants, mais plutôt poser cette question : ce gouvernement a-t-il amélioré votre situation ?»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

Un bol d'air pour l'Europe

Le quotidien Neue Zürcher Zeitung y voit une défaite d'Orbán et de ses mentors russe et américain :

«Surmonter une peur sclérosante, briser une tutelle censée protéger de l'incertitude, et oser le changement plutôt que de subir stagnation et déclin – tout cela avait déjà agité le bloc de l'Est il y a 40 ans. La victoire électorale de Magyar est un bol d'air pour une UE pusillanime : elle peut aussi l'emporter face à ceux qui la vouent aux gémonies. La défaite d'Orbán, c'est celle du parrain de l'extrême droite européenne. Vladimir Poutine et Donald Trump se voient rappelés aux limites de leurs possibilités d'influence en Europe.»

Dagens Nyheter (SE) /

Un nouvel espoir pour l'Europe

Dagens Nyheter se réjouit :

«On ne saurait souligner assez l'importance des résultats de dimanche pour l'Europe. Les attaques d'Orbán contre l'Etat de droit et la démocratie étaient aussi une attaque contre les piliers de l'UE. … Il faudra du temps pour rétablir l'Etat de droit, qui a été affaibli, et refonder un paysage médiatique libre. Et il y a des points d'interrogation autour de Péter Magyar, qui est issu du Fidesz. Il n'est peut-être pas Donald Tusk – celui-ci, après son élection à la tête de la Pologne, a fait de son pays, jusque-là allié à Budapest, une force motrice de la coopération européenne. Mais le principal, c'est qu'il n'est pas Viktor Orbán. Le résultat électoral de dimanche revêt une importance cruciale. Les Hongrois ont donné à l'Europe un nouvel espoir.»

Mykola Kniajytsky (UA) /

Moscou en échec à Budapest

La Russie perd son plus fidèle allié dans l'UE, constate le député de la Rada ukrainienne, Mykola Kniajyzkyi, sur Facebook :

«Le gouvernement Orbán pensait pouvoir créer dans son pays une sorte de 'petite Russie' à l'aide des polit-technologues [conseillers] russes, mais ce projet n'a pas fonctionné, ce qui n'est pas étonnant. La Russie a essuyé un échec en Hongrie : elle ne sera plus en mesure d'exempter ses oligarques des sanctions, d'acheter des politiciens en vendant du pétrole bon marché ou de récupérer des informations sensibles à partir de sources confidentielles.»

La Stampa (IT) /

L'UE n'a plus de prétexte pour ne pas agir

La Stampa met en garde :

«L'UE court maintenant le risque de croire que le danger serait écarté et que l'onde réactionnaire aurait perdu en amplitude. … Il va de soi que Bruxelles aura moins de mal à faire voter le 20e paquet de sanctions contre la Russie et à débloquer le crédit de 90 milliards d'euros destiné à l'Ukraine sans ce cheval de Troie. Mais il sera essentiel d'engager des réformes en plus pour renforcer l'autonomie stratégique de l'UE. Depuis hier, les chefs d'Etat et de gouvernement ne peuvent plus avancer le prétexte du véto hongrois pour justifier leur inertie.»

Kurier (AT) /

Un regain de démocratie

Kurier se réjouit de constater que les voix critiques ne se sont pas laissées bâillonner :

«En 16 ans au pouvoir, Orbán n'aura pas réussi à anéantir la presse indépendante et le courage civil. C'est ce que nous a montré la campagne électorale. … Alors que les conditions étaient tout sauf favorables, les médias critiques du pays ont prouvé leur ténacité et leur sens des responsabilités. … Orbán n'a pas réduit la contestation au silence, bien au contraire. La presse indépendante a tellement d'aplomb que même Magyar n'est pas particulièrement enclin à lui accorder des interviews. La démocratie hongroise a rarement été aussi dynamique qu'aujourd'hui.»

hvg (HU) /

Comment résister à la tentation du pouvoir ?

Cette victoire écrasante comporte aussi des risques, juge hvg :

«Péter Magyar dispose d'une majorité plus importante qu'Orbán n'en a jamais eue. La majorité des deux tiers remportée au Parlement l'autorise à changer de système sans entrave. … Dans ces conditions, résistera-t-il à la tentation de s'arroger tous les pouvoirs ? C'est en tout cas ce qu'il a promis dimanche soir, en savourant la victoire. Mais réussira-t-il à créer et maintenir des contrepouvoirs, si ceux-ci sont susceptibles ensuite de réduire sa marge de manœuvre, dans l'hypothèse où gouverner serait difficile ? Car l'exécutif devra relever des défis sans précédent, face à un ordre mondial en pleine mutation, sans parler des caisses de l'Etat mises à sac, d'un système de clientélisme social insoutenable, et d'attentes démesurées. »

Respekt (CZ) /

Babiš et Fico désormais menacés

Le scrutin envoie un avertissement aux apprentis Orbán dans la région, fait valoir Respekt :

«Les opposants aux tendances autoritaires en Europe centrale et occidentale bénéficient d'un nouveau souffle. Magyar n'est pas un thaumaturge, et il divergera certainement de l'Europe sur de nombreux points. Mais il a su faire ce qui semblait impossible : vaincre l'autoritaire Viktor Orbán. C'est un message retentissant qui se propage bien au-delà de l'Europe. Même les individus rétrogrades ne peuvent l'ignorer : plusieurs membres du gouvernement tchèque vont se faire un sang d'encre ; et dans la Slovaquie voisine, les cercles gouvernementaux doivent être pris de panique.»