Après dix ans de Brexit, quel bilan ?

Il y a dix ans, les Britanniques votaient en faveur de la sortie de leur pays de l'UE. Depuis, six Premier ministres se sont succédé à Downing Street, qui accueillera bientôt son septième locataire. La presse européenne revient sur les évolutions auxquelles l'UE et le Royaume-Uni ont été sujets pendant cette période, et fait le bilan.

Ouvrir/fermer tous les articles
The Independent (GB) /

Envisager un retour dans l'UE

Il faut cesser de minimiser les conséquences du Brexit, et envisager un retour du pays au sein de l'UE, fait valoir The Independent :

«A cause de la sortie du pays de l'Union, le PIB du Royaume-Uni s'est contracté de 6 à 8 pour cent. Les investissements ont chuté d'environ 18 pour cent. ... La productivité et l'emploi ont connu une diminution de 3 à 4 pour cent. ... Les habitants de villes comme Wigan ont voté en faveur du Brexit parce qu'ils attendaient un changement – mais le Brexit n'a de toute évidence pas résolu les problèmes économiques et sociaux qui avaient motivé ce vote à l'origine. Si le Labour avait un tant soit peu de bon sens, il écouterait son for intérieur et s'efforcerait de réintégrer le marché unique.»

Večernji list (HR) /

Un avertissement

L'expérience du Brexit devrait faire figure d'épouvantail, souligne Večernji list :

«Le Brexit restera dans les mémoires comme un avertissement, pour les Britanniques comme pour tous les membres de l'UE : 'Quittez l'Union et vous finirez comme le Royaume-Uni !' … Ce n'est pas la première fois que différents mouvements idéologiques réclamant une rupture radicale justifient l'échec de l'initiative par le raisonnement suivant : 'L'idée était bonne, mais sa mise en œuvre a été problématique'. Or si quelque chose ne fonctionne pas, c'est peut-être que l'idée n'était pas bonne à la base.»

De Volkskrant (NL) /

Le populisme est délétère

Pour De Volkskrant, le Brexit doit nous faire tirer l'enseignement suivant :

«Les hommes politiques modérés, à l'instar du Premier ministre Keir Starmer, n'ont pratiquement aucune chance de réussite dans l'âpre climat de l'après-Brexit. Le fiasco du Brexit nous montre que caresser les électeurs dans le sens du poil n'est pas une bonne stratégie pour couper l'herbe sous le pied des populistes. En règle général, ce genre de raisonnement entraîne une gestion dysfonctionnelle, ce qui fait encore plus le jeu des extrémistes. C'est également un avertissement pour tous ceux qui attisent l'euroscepticisme dans le but de gagner des élections. Certes, l'Union européenne présente d'incontestables inconvénients, mais la vie en dehors de l'UE en comporte bien davantage.»

La Vanguardia (ES) /

L'UE n'a pas besoin des Britanniques eurosceptiques

La Vanguardia se demande ce qu'il en est de l'UE sans les Britanniques :

«Nombre de décisions importantes, comme le fonds NextGeneration, le Green Deal européen ou la politique migratoire, n'auraient peut-être pas été soutenues par le Royaume-Uni, ou seulement à grand-peine. Le pays s'est déjà retiré des accords de Schengen et n'a pas introduit l'euro. Il a toujours appuyé l'Europe à contrecœur. … Si les choses étaient différentes et si les jeunes Britanniques étaient plus européistes, le Royaume-Uni serait un grand partenaire et renforcerait considérablement l'UE.»

The Economist (GB) /

Seule l'autodérision britannique fait défaut

L'Union a appris à vivre sans la Grande-Bretagne, constate The Economist :

«Les Vingt-Sept sont restés quasi tels quels, et ce à de nombreux égards. L'anglais s'est même imposé à Bruxelles comme lingua franca, et ce davantage qu'en 2016. … S'il fallait nommer l'impact le plus fort du Brexit sur l'Union, ce serait peut-être son moral. Au cours des quatre années de négociations sur le divorce, le bloc européen a pris l'ascendant sur la Grande-Bretagne à chaque étape. Cela lui a donné la confiance nécessaire pour surmonter les crises ultérieures, du Covid à l'Ukraine. L'autodérision des représentants britanniques au sein de l'UE manque cependant cruellement, y compris à leurs anciens adversaires idéologiques.»

Le Monde (FR) /

L'Europe vire à l'extrême droite

Le Brexit a changé durablement le continent, analyse l'historien Andrew Knapp dans Le Monde :

«Le Brexit et le style de campagne qui l'a marqué ont déclenché, à l'échelle mondiale, une décennie d'avancées décisives de l'extrême droite. Celle-ci, désormais aux portes du pouvoir en France comme en Allemagne, et bien installée en Italie, devient aussi influente au sein d'une UE qui embrasse ses thématiques anti-immigration ou climatosceptiques. … A moins d'un sursaut, l'Europe vers laquelle les regards des Britanniques se tournent risque, lors de retrouvailles peu probables, d'être bien différente de celle qu'ils ont quittée il y a dix ans.»