France : la mobilisation lycéenne se propage
Depuis septembre, les jeunes de France manifestent pour exprimer leur mécontentement et dénoncer des conditions d'apprentissage déplorables. Dans plusieurs villes, le blocage d'établissements a été marqué par des affrontements avec les forces de l'ordre, qui ont interpellé des centaines de jeunes. Mardi, des grandes manifestations ont eu lieu, soutenues par les syndicats. Les médias évoquent les origines politiques, sociales et économiques de ce mouvement.
On prive la jeunesse d'avenir
Le mouvement pourrait toucher d'autres pays, prévient Gazeta Wyborcza :
«Si les jeunes descendent dans la rue, c'est parce qu'ils vivent dans un pays qui offre de meilleures conditions de vie à ses retraités. Pour ceux qui arrivent aujourd'hui sur le marché du travail, la sécurité matérielle telle qu'elle allait de soi encore ces dernières décennies, est hors de portée.. … La contestation a déjà pris en Belgique. … Bientôt, de nouvelles manifestations verront le jour à d'autres endroits en Europe. Celles-ci dureront jusqu'à ce que les gouvernements se rappelleront qu'un système démocratique doit, par définition, être tourné vers l'avenir – il ne saurait négliger l'avenir de la société.»
L'époque n'est pas dorée pour la jeunesse
NRC appelle à prendre les inquiétudes des élèves au sérieux :
«Il faut absolument viser la désescalade, en commençant par reconnaître les craintes des élèves – à l'origine du mouvement – et en cherchant le dialogue. Avec les turbulences géopolitiques, la catastrophe climatique désormais plus que tangible et les potentiels dangers existentiels que représente l'IA, il ne fait pas bon grandir à notre époque. Tout ce que demandent les jeunes Français est un meilleur avenir, de la même façon que leurs camarades espagnols manifestent pour réclamer de meilleures conditions de logement. Contrairement à de nombreux politiques, ils ont une perspective à long terme. Nous devrions en prendre de la graine.»
Les convictions modérées en perte de vitesse
La contestation est le point d'orgue d'une polarisation de la société, constate Corriere della Sera :
«Les forces politiques qui ont le vent en poupe – l'extrême droite de Marine Le Pen et l'extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon – ont tout intérêt à jeter de l'huile sur le feu, la première pour réclamer ordre et sécurité, la seconde pour revendiquer plus de droits et de justice sociale ; et toutes deux pour mettre des bâtons dans les roues du gouvernement actuel et du président Emmanuel Macron, dont la popularité n'avait jamais atteint des niveaux aussi bas. La France enregistre une tendance qui s'impose progressivement dans les société européennes, de l'Espagne à l'Allemagne : la perte de vitesse des partis traditionnels, au profit des extrêmes.»
La gauche s'entraîne à la révolte
Le parti de Mélenchon instrumentalise le mouvement lycéen en vue de la présidentielle, met en garde The Daily Telegraph :
«Dans sept mois, les Français éliront leur prochain président. Mélenchon poursuit deux objectifs. Premièrement, il a déjà commencé sa campagne, stimulé par les premiers sondages qui le donnent aux portes du deuxième tour, face à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen. Deuxièmement, Mélenchon prépare une révolte qu'il appelle de ses vœux en cas de victoire de Le Pen. Il connaît la fragilité du pays et utilise tout moyen à sa disposition pour creuser un peu plus les clivages et semer le chaos. Sur le plan politique, il se moque de paraître violent, bien au contraire.»
Un mauvais calcul
Si Mélenchon et LFI semblent profiter de la mobilisation, cela ne devrait pas durer, analyse Martina Meister, correspondante du quotidien Welt à Paris :
«Dans six mois et demi aura lieu la présidentielle. D'ici là, même le populiste de gauche Mélenchon devrait avoir réalisé que son calcul n'était pas le bon. Lorsque des émeutes éclatent, lorsque des parents ont peur que leurs enfants rentrent blessés le soir, l'appel au rétablissement de l'ordre est d'autant plus fort. Cette situation profitera surtout à la populiste de droite Marine Le Pen.»
Contreproductif
La nature du mouvement détourne l'attention de l'essentiel, estime Népszava :
«Lorsque l'entrée d'une école est en feu, lorsqu'on s'en prend à un proviseur, lorsqu'on incendie du mobilier, des bus ou des bâtiments publics, on peut difficilement faire valoir que ces actes servent à améliorer le système éducatif. … La violence contribue à détourner l'attention de l'essentiel, et c'est une évolution favorable pour le gouvernement. … Car il est beaucoup plus simple de communiquer sur des arrestations et des perturbateurs que sur le fait que la France, l'un des pays les plus riches d'Europe, est incapable de créer des conditions équitables et acceptables pour ses élèves.»
Une génération en crise
En Belgique aussi, les élèves se mobilisent pour l'éducation. La jeunesse traverse une crise majeure, souligne Le Soir :
«'Personne n'essaie de nous écouter', dénoncent-ils encore, ces jours-ci, de Liège à Paris. Alors, ils haussent le ton, pour faire entendre leur voix. Leur mobilisation … déborde de l'école et de l'université. … Comment ne pas être en colère face à ces nuages noirs qui plombent l'horizon d'une jeunesse déjà blessée par le Covid ? Cette génération a marché pour le climat, en vain. Elle a défilé pour la paix, qui ressemble aujourd'hui à une utopie. Elle a grandi avec la technologie, qui rime désormais avec dystopie. Autant de peurs légitimes, parfois brouillées dans la rumeur de la colère, qu'il faut entendre et écouter.»
Les jeunes sortent de leur silence
Les jeunes Français ne sont pas déconnectés des réalités, fait valoir Jean-Emmanuel Ducoin, rédacteur en chef de L'Humanité :
«Les mêmes lycéens que nous imaginions silencieux et amorphes se mettent à parler. A se rassembler. A manifester. … Nous comprenons alors que le silence assourdissant n'était peut-être pas celui que nous croyions. Une jeunesse peut se taire devant un écran et parler fort lorsqu'il s'agit de son école, de ses conditions de vie, de son à-venir. Alors, une question : savons-nous encore écouter ? Et faire 'parler' ? Ces lycéens que nous avions pris pour des 'muets' s'affirment en citoyens multiples. Ils parlent. Haut et fort lorsque l'urgence surgit.»
Le maire LFI légitime la violence
Sur le site Contrepoints, l'auteur Nicolas Lecaussin s'en prend au maire de gauche radicale de Saint-Denis, Bally Bagayoko, qui soutient les lycéens :
«Lorsqu'il cautionne des agressions commises sur sa commune contre des policiers et des enseignants, en désignant comme véritables coupables ceux qui n'auraient pas 'respecté la promesse républicaine', il ne fait pas de la politique : il dit aux jeunes de sa ville que la loi se discute selon le mérite de la cause. C'est exactement la définition de ce que l'Etat de droit n'est pas. … Des adolescents ont donc appris lundi, de la bouche de leur maire, un élu de la République, que brûler, casser et affronter la police pouvait se justifier si c'est pour une bonne cause.»
L'échec de Macron dans la lutte contre les extrêmes
Le président a contribué à l'essor des positions et attitudes les plus radicales, s'emporte Le Figaro :
«A sept mois de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, candidat pyromane, fait feu de tout bois. Fidèle à la 'stratégie du coucou', il entend participer à toutes les colères pour les conflictualiser et les coaguler. S'il utilise les lycéens comme une chair à canon électorale, il était aussi mardi aux côtés des fonctionnaires en grève, pendant que ses sbires se joignaient au cortège parisien des pompiers parisiens. …Emmanuel Macron s'est fait élire deux fois en promettant d'être un rempart contre le Rassemblement national. On voit ce qu'il en est. De surcroît, jamais comme aujourd'hui l'extrême gauche n'a autant prospéré en France dans les métropoles.»