Brésil : à droite toute avec Bolsonaro ?

Lors du premier tour de l'élection présidentielle brésilienne, le président sortant Lula da Silva et Flávio Bolsonaro, le fils aîné de l'ancien chef d'Etat Jair Bolsonaro, s'affronteront au second tour. Le candidat d'extrême droite est arrivé en tête avec environ 47 pour cent des voix, contre 45 pour cent pour Lula. Le second tour est prévu le 25 octobre. Pour les commentateurs, l'enjeu de ces élections dépasse largement les frontières du Brésil.

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De Standaard (BE) /

Les trumpistes gagnent du terrain

Pour De Standaard, la victoire de Bolsonaro montre qu'il est difficile de vaincre l'extrême droite :

«Le plus grand pays d'Amérique du Sud bascule dans la sphère d'influence de Trump. Cela aura de lourdes conséquences. Tout d'abord, la lutte mondiale contre le réchauffement climatique sera plus compliquée. … En France et en Allemagne, les populistes sont déjà aux portes du pouvoir. Aux Etats-Unis, les démocrates réfléchissent à des stratégies susceptibles de convaincre les électeurs de voter pour eux. Le résultat du scrutin brésilien met en évidence un élément important, à savoir que pour combattre le populisme, miser sur des personnalités âgées et ancrées dans l'establishment politique n'est pas la meilleure idée.»

taz, die tageszeitung (DE) /

Vers des années sombres

taz fait part de ses inquiétudes :

«Une présidence Bolsonaro Junior pourrait tout changer. La Cour suprême, après une série de scandales, ne devrait plus avoir la même fonction de contrôle. Dimanche, le Parlement a viré un peu plus à droite. Et aux Etats-Unis, c'est un grand ami de Bolsonaro qui est président. L'extrême droite brésilienne pourrait s'inspirer de Trump pour mener un second mandat au forceps. Il ne faut pas céder à la panique, et surtout attendre le second tour. Il reste trois semaines à la gauche pour déjouer le désastre annoncé. Faute de parvenir à le faire, le Brésil pourrait aller au-devant d'années très sombres.»

Público (PT) /

La soif de pouvoir de Lula est néfaste pour le pays

Dans Público, l'auteur et cinéaste brésilien Jorge Oliveira fait part de son exaspération :

«La soif de pouvoir maladive de Lula pourrait entraîner une grave disruption des institutions démocratiques au Brésil. Le pays est réellement menacé de voir accéder au pouvoir un homme politique sans expérience, dont le passé reste trouble, et qui s’est déjà dit prêt à gouverner sous la houlette du président américain Donald Trump. En refusant de céder la place à d'autres cadres et en s'obstinant à maintenir sa candidature, Lula risque de livrer le Brésil à l'extrême droite – si Flávio est élu.»

Financial Times (GB) /

Les inquiétudes des citoyens occultées

Le quotidien Financial Times Tente d'expliquer le succès de la droite :

«La réponse est moins à chercher dans la campagne de Flávio Bolsonaro, qui s'est révélé être un candidat médiocre, que dans un échec de Lula. Il n'est pas exclu que Lula parvienne à refaire son retard dans la dernière ligne droite, surtout si de nouvelles allégations de corruption devaient surgir contre son rival, mais ses carences ont été patentes dans la campagne. … Les Brésiliens n'ont cessé de souligner que le crime organisé était l'un de leurs principaux problèmes. Lula, qui est aux avant-postes de la politique brésilienne depuis plusieurs années, a du mal à convaincre les électeurs qu'il dispose d'une réponse efficace à l'essor des gangs de trafiquants de drogue ; nombreux sont les politiques de gauche à donner l'impression qu'ils ne considèrent pas le problème comme une priorité.»

Radio Kommersant FM (RU) /

Un départ des BRICS ne serait pas dramatique

Radio Kommersant FM s'interroge sur ce que pourrait impliquer une victoire de Bolsonaro pour la Russie :

«Bolsonaro est un leader d'extrême droite proche de Trump. Sous sa présidence, le Brésil se rapprochera inévitablement des Etats-Unis, avec toute les conséquences que cela implique. Même une sortie du BRICS n'est pas à exclure, car on sait que le 47e président américain n'apprécie pas particulièrement cette organisation. Cela ne devrait toutefois pas avoir d'impact sur les relations économiques avec la Russie, notamment car l'extrême droite table sur le pragmatisme et n'entend pas envisager des pertes pour des raisons idéologiques.»