Saxe-Anhalt : l’AfD obtient la présidence du Parlement

Suite à son succès électoral en Saxe-Anhalt, le parti d'extrême droite AfD va présider un Parlement régional (Landtag) pour la première fois de son histoire. Lors d'une séance parlementaire, Tobias Rausch a récolté 48 voix sur 82. Il a été élu par les représentants de l'AfD, de l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) et d'autres partis. Les commentateurs analysent la situation, notamment d'une potentielle prise de pouvoir plus large de l'AfD.

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Handelsblatt (DE) /

Une césure funeste

Cette élection représente une situation politique inédite, constate Handelsblatt :

«L'institution est désormais entre les mains d'un parti qui n'a que mépris pour l'Etat : il est donc le garant d'une instance dont il souhaite probablement la décomposition. … C'est pourquoi le vainqueur du scrutin, Ulrich Siegmund (AfD), a raison lorsqu'il parle de césure. Mais c'est une césure funeste. Le parti n'a pas sévi que lors de la campagne électorale ; il fait tout pour vilipender ses adversaires politiques et saper les débats parlementaires en interrompant les interventions et en tenant des discours méprisables. Difficile de s'imaginer que le nouveau président AfD du parlement régional sera enclin à mener les débats de manière équitable et à respecter la dignité parlementaire.»

Gazeta Wyborcza (PL) /

Ne pas sous-estimer l'importance de l'évènement

Gazeta Wyborcza souligne l'importance de l'élection du politique AfD à la présidence du Parlement régional :

«La Saxe-Anhalt ne compte que deux millions d'habitants mais le retentissement de la prise du pouvoir [par l'extrême droite] dans le land n'est pas uniquement de nature symbolique. Ce sont les gouvernements régionaux qui décident la composition du parquet et qui nomment indirectement les juges. L'éducation et la culture font également partie de leurs responsabilités. … L'élection de Rausch et le déplacement symbolique de l'AfD au centre de l'hémicycle du Landtag sont considérés par beaucoup comme un processus de normalisation de l'AfD, dont la politique est de plus en plus acceptée.»

Iswestija (RU) /

Une occasion de raviver le dialogue avec la Russie

Izvestia, journal proche du Kremlin, s'imagine quelles initiatives pourrait prendre la Saxe-Anhalt vis-à-vis de la Russie :

«Les activités diplomatiques ne font pas partie des prérogatives des Länder. … Mais un gouvernement régional peut aider les entreprises locales à rechercher des partenaires à l'étranger, mettre en place des coopérations entre les villes, organiser des événements internationaux et j'en passe. Etant donné l'état des relations germano-russes, n'importe quelle initiative, même la plus modeste, entreprise par le gouvernement de Saxe-Anhalt dans le but de normaliser le dialogue avec la Russie, serait en rupture avec la ligne officielle de confrontation choisie par Berlin.»

NV (UA) /

Le sentiment de ne pas être respecté

Sur NV, le philosophe Francis Fukuyama fait un parallèle avec le mouvement MAGA :

«L'essor des partis populistes et nationalistes, comme l'AfD en Allemagne et le mouvement MAGA de Trump aux Etats-Unis, est moins lié à une répartition inégale des biens matériels qu'à un témoignage inégal de respect. … Ce sont avant tout des jeunes hommes peu éduqués qui ont eu la sensation d'un recul de leur statut social avec l'introduction d'une culture libérale concomitante à la réunification allemande. … Pour marquer leur opposition aux partis traditionnels, dont ils se sentent ignorés et méprisés, ils se sont alliés, dans les deux pays, aux vieux nostalgiques du passé.»