Madrid : mort de Maricarmen, expulsée de son logement

Deux semaines après avoir été évincée de son domicile, l'octogénaire espagnole Maricarmen Abascal est décédée à l’hôpital. Son sort avait provoqué une vague de protestations dans tout le pays contre la crise du logement. Une grève générale a été annoncée pour le 11 novembre. Pour la presse espagnole, Maricarmen est devenue un symbole.

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El Periódico de Catalunya (ES) /

Une absence deplorable de scrupules

El Periódico de Catalunya y voit un échec moral de l'Etat et de la société :

«L'impact émotionnel de la mort de Maricarmen Abascal dépasse le cadre purement politique ; il ébranle les consciences, de par la certitude que ce décès résulte d'un grand échec collectif, et change tous les paramètres de la précampagne électorale. … Lorsqu'un système tombe entre les mains de constructions financières dénuées de véritables préoccupations éthiques, il tend à la dégénérescence. … C'est un affront collectif que la quatrième économie de l'UE, avec ou sans la loi, tolère des cas comme celui de Maricarmen Abascal ; son écho médiatique dans le monde montre dans quelle mesure il est intolérable humainement parlant, et déplorable du point de vue politique.»

Naftemporiki (GR) /

Cela ne doit pas se reproduire

Naftemporiki espère que le retentissement de la mort de Maricarmen empêchera de futures expulsions dramatiques :

«Toute la question est de savoir ce qui pourra être changé à temps afin que d'autres personnes se trouvant dans des situations similaires ne connaissent pas le même sort. Quelles garanties de sécurité s'avèrent nécessaires, qui assumera la responsabilité, pourra-t-on trouver une solution rapide lorsqu'un individu n'a pas le temps d'attendre ? 'Continuez à vous battre pour ce qui vous revient', avait déclaré Maricarmen. Elle n'est pas revenue. Si la mobilisation qu'elle a engendrée permet de protéger d'autres personnes, alors son sort aura changé quelque chose. Il est regrettable, néanmoins, que Maricarmen elle-même n'ait pas pu vivre davantage pour revenir dans son logement. »

El Mundo (ES) /

Une instrumentalisation obscène

El Mundo critique le gouvernement et les partis qui le soutiennent :

«La mort de Maricarmen Abascal a logiquement suscité une grande émotion – émotion que ni le gouvernement ni ses partenaires ne peuvent se permettre d'instrumentaliser. … Aucune cause aussi noble – et la situation sur le marché du logement en est une – ne justifie de recourir à une récupération électorale obscène sur le dos de cet évènement tragique. … Le gouvernement a échoué, ce qui rend l'exploitation partisane de cette affaire par le PSOE et la gauche particulièrement scandaleuse. … Un gouvernement responsable aborderait la question du logement en privilégiant des solutions structurelles et durables.»

eldiario.es (ES) /

"Continuez de vous battre pour ce qui vous revient !"

Sur eldiario.es, l'auteur Isaac Rosa impute au "turbocapitalisme" la responsabilité de la mort de l'octogénaire :

«Maricarmen s'est retrouvée privée de sa maison, de son quartier, de son univers. Les êtres humains peuvent mourir de chagrin, de détresse, d'inquiétude. … Si Maricarmen n'avait pas été là, ceux qui cherchaient à l'expulser auraient obtenu bien plus tôt l'augmentation exponentielle du prix de son logement. Avec sa mort, ils ont désormais obtenu ce qu'ils voulaient. Le turbocapitalisme engloutit des quartiers et des familles entières. 'Continuez de vous battre pour ce qui vous revient', avait-elle déclaré le jour de son expulsion. Le souvenir de Maricarmen sera désormais omniprésent lors des manifestations, lors de la grève générale du 11 novembre, et à chaque fois qu'une expulsion pourra être stoppée.»

El País (ES) /

Elle a changé l'Espagne

Le legs de la locataire défunte est inestimable, écrit El País :

«Sans Maricarmen, il n'y aurait eu ni les campements organisés sur les places d'Espagne, ni les dizaines de milliers de manifestants. Sans Maricarmen, la classe politique ne se serait pas subitement mise à débattre et à rechercher réponses et solutions, le gouvernement n'aurait pas cherché, après huit ans au pouvoir, à adopter des décrets dans la hâte pour tenter d'empêcher de nouvelles expulsions. Sans Maricarmen, les élections n'auraient probablement pas été avancées au 29 novembre. Et sans elle, il est difficile d'imaginer qu'une grève générale aurait été convoquée pour le 11 novembre. … Le pays était en proie à un mécontentement latent qui transcendait les générations et les idéologies, mais il a fallu l'arrivée de cette femme fragile et démunie pour que les choses avancent. Au cours de ces deux semaines, l'Espagne a changé.»