Diesel : que penser de l'accord entre Moscou et Washington ?
Le président américain, Donald Trump, a annoncé vendredi un accord sur le diesel avec Vladimir Poutine et un assouplissement provisoire des sanctions américaines contre la Russie. Dans un premier temps, ce sont 300 000 tonnes de diesel qui devraient être livrées, et plusieurs millions d'autres pourraient suivre. L'accord est censé réduire les prix élevés à la pompe aux Etats-Unis. La presse européenne discute de l'impact de cette décision pour l'Ukraine et de la solidité réelle de l'alliance avec les Etats-Unis.
Absurde et choquant
Pour The Independent, Trump se tire une balle dans le pied :
«L'accord sur l'achat de diesel au régime voyou de Vladimir Poutine est aussi choquant par son cynisme que contreproductif. Trump et les électeurs américains indécis se fichent peut-être de savoir qu'ils injectent de l'argent dans la machine de guerre russe, ce qui prolonge la guerre et tue des Ukrainiens. Mais ils ne peuvent ignorer que ce 'deal' ne réduira pas le prix du diesel et placera Trump dans une position de faiblesse. … Le gouvernement britannique, de même que les gouvernements de nos alliés en Europe et dans le monde, ne peuvent pas faire grand-chose contre l'erreur d'appréciation de Trump vis-à-vis de Poutine, à part continuer de soutenir avec résolution le peuple ukrainien.»
Désastreux
Trump a complètement galvaudé sa crédibilité pour quelques gouttes de diesel, constate Jutarnji list :
«En ouvrant la porte au diesel russe, Washington viole de facto ses propres sanctions, remplit les caisses du Kremlin de devises et permet à la Russie de poursuivre son agression contre l'Ukraine, s'exposant ainsi aux critiques virulentes de ses alliés. Tandis que la Maison-Blanche serine la fable d'un 'sauvetage économique', Trump fait en réalité un cadeau diplomatique et donne de l'argent au kremlin, et obtient en contrepartie un supplément de diesel qui correspond à la consommation américaine de ce carburant pour une demi-journée de travail, comme l'a évalué la BBC. Moscou entend en effet livrer 300 000 tonnes de diesel pour faciliter la vie des automobilistes et des agriculteurs américains – or les Etats-Unis consomment chaque jour environ 3,6 millions de barils de diesel [soit près de 500 000 tonnes].»
Trump, ou la campagne permanente
Sur Adevărul, l'ancien journaliste et attaché de défense Laurențiu Sfinteș s'interroge sur les mobiles du président américain :
«In fine, un responsable politique ne rend des comptes qu'à son propre électorat. … Lorsqu'il ne doit se soumettre à des élections que tous les quatre, cinq ou sept ans, les choses sont simples. Mais lorsque des scrutins cruciaux ont lieu tous les deux ans, tout se complique. … Ne compte alors plus que l'inconstance du contexte, qui influe sur la mobilisation et l'humeur des électeurs. N'oublions pas que l'électeur américain est un citoyen de formation solide, qui passe la moitié de sa vie dans un véhicule puissant, la plupart du temps à diesel, et qui perd vite ses nerfs face aux nouveaux prix à la pompe.»
Juste un prétexte
Sur Delfi, le chroniqueur Rimvydas Valatka fait part de son indignation :
«Les Etats-Unis n'ont pas besoin du diesel russe – ils ont des quantités plus que suffisantes de ce carburant. L'an dernier, ils en ont exporté 62 millions de tonnes, soit près de deux fois plus que la Russie, qui pâtit elle-même aujourd'hui de la pénurie de diesel … : exportatrice, elle est devenue importatrice. Trump avait besoin d'un prétexte pour lever les sanctions contre la Russie. Il s'agit d'un nouveau mensonge de Trump, d'une volonté d'enfumer les 'bas du front' du mouvement MAGA. … Le diesel russe n'est qu'une goutte de carburant versée par Poutine à Trump dans une mer de sang. Le président américain vient prêter main-forte à l'agresseur russe, au moment où la Russie ne cherche même plus à cacher qu'elle cible délibérément des civils ukrainiens. … L'Amérique s'est ouvertement rangée du côté des terroristes russes.»
Un alarmisme excessif
Dans un post Telegram relayé par Ekho, le journaliste Dmitri Kolesev juge que la décision n'est pas catastrophique pour Kyiv :
«Pour des raisons compréhensibles, l'UE ne goûte guère ce nouvel accès de poutinisme de Trump. Si tout ceci constitue un gros problème pour Zelensky et l'Ukraine, ce n'est ni un désastre ni la fin du soutien américain. Il n'y a qu'un mois d'ici les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, et les esprits s'échauffent. Il est fort probable qu'il nous suffise d'attendre que la tempête passe. Sous l'effet de cette pression, les attaques de Kyiv sur les raffineries russes devraient marquer le pas. Il n'est pas certain, toutefois, que cela facilite vraiment la tâche de la Russie.»
Les Etats-Unis ne sont plus un partenaire fiable
Novinky.cz écrit :
«Cette initiative américaine révèle une chose : les relations transatlantiques sont bel et bien finies. Trump ne respecte aucun de ses engagements. Il est prêt à marcher sur les pieds de n'importe qui et de prendre à revers tout le monde. Les affirmations répétées de Trump, à savoir que les Etats-Unis respecteraient les engagements de l'OTAN et prêteraient assistance à un pays attaqué, relèvent de l'illusion. Il viendra à la rescousse seulement si cela l'arrange – et ce n'est pas garanti. Les Etats-Unis de Trump ne sont pas un partenaire fiable, mais un partenaire ambigu, entre ami et ennemi, et il convient d'agir en conséquence.»