Elections européennes : quels enjeux ?

La campagne électorale des européennes de fin mai a été lancée partout en Europe. Selon les prévisions, les europhobes pourraient gagner des sièges, aux dépens des partis traditionnels. La participation de la Grande-Bretagne reste un point d'interrogation. Les éditorialistes dispensent leurs conseils aux partis et aux électeurs.

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Dagens Nyheter (SE) /

Un rêve suédois

Dans Dagens Nyheter, l'écrivain Mattias Svensson détaille ses aspirations :

«J'aimerais que les services bénéficient de la même mobilité que les marchandises en Europe. J'aimerais un accord commercial mondial qui supprime complètement les droits de douane pour les biens et services qui ne nuisent pas à l'environnement. ... Les contribuables européens seront contraints de subventionner les centrales à charbon les plus polluantes jusqu'en 2025, mais j'attends le jour où le subventionnement public du charbon sera de l'histoire ancienne. J'appelle de mes vœux une Europe plus productive, plus dynamique et plus attractive qu'aujourd'hui. Développer la mobilité et les libertés revient à investir dans l'avenir.»

Jydske Vestkysten (DK) /

Ne pas devenir des 'idiots utiles'

Au Danemark, les électeurs peuvent déjà voter depuis lundi par courrier. Jydske Vestkysten met en garde contre les "fake news" sur Internet :

«Nos rapports avec l'UE sont différents de ceux que nous entretenons avec le Parlement national. Si l'Union exerce une grande influence sur notre quotidien, nous savons peu de choses d'elle. Une faiblesse dont peuvent profiter les ennemis de l'UE. Le scepticisme est toujours de mise face aux informations qui circulent sur les réseaux sociaux. Mais il convient de redoubler de prudence aujourd'hui avant de 'liker', partager ou croire l'info qui surgit sur Facebook. En contribuant à propager les infox, nous devenons les idiots utiles de forces clairement malveillantes à l'égard de notre pays.»

La Vanguardia (ES) /

L'UE reste un trou noir

D'après une enquête, près de 100 millions d'électeurs dans l'UE, soit un tiers des votants, ne savent toujours pas pour qui ils voteront. La faute des partis, selon La Vanguardia :

«La principale explication pourrait être la frilosité des partis vis-à-vis de la politique européenne. Il est difficile, par ailleurs, de faire comprendre aux électeurs l'importance des tâches dont s'acquittent les responsables politiques à Bruxelles - pour encadrer le présent, mais aussi et surtout pour doter le futur vivre ensemble de règles viables. ... L'avenir de chaque Etat membre, le sort du continent dépend de plus en plus de Bruxelles»

Polityka (PL) /

Mussolini junior, symbole de l'Italie d'extrême droite

La candidature de Caio Giulio Cesare Mussolini est l'illustration du basculement de l'Italie à l'extrême droite, commente Polityka :

«Le petit dernier de la famille Mussolini ne dénigre pas ses liens avec le fascisme. Son premier discours de campagne, initialement prévu le 10 avril à Conselve, a été annulé car on craignait qu'il ne serve à propager des thèses fascistes. Dans le restaurant où Mussolini devait intervenir, des places avaient été réservées pour les leaders du groupe néofasciste Veneto Fronte Skinheads, connus pour leur rhétorique raciste et hostile aux migrants, ainsi que pour leur séparatisme en Italie du Nord. ... Vu le climat dans la société italienne, qui ne cesse de polariser et d'exclure les minorités, il n'est pas impossible que son parti, Fratelli d'Italia, décroche au moins quelques sièges au Parlement européen.»

Politico (BE) /

Davantage de femmes au Parlement

Corinna Horst, vice-directrice du bureau du German Marshall Fund à Bruxelles, espère dans Politico que les femmes seront mieux représentées au prochain Parlement :

«En Europe aussi, les femmes devraient signaliser les priorités qui sont les leurs. Ce ne sont pas les sujets d'inquiétude qui manquent : les incertitudes liées au Brexit, la montée du populisme europhobe d'extrême-droite, la question irrésolue de la gestion de l'immigration, ou encore la réforme de la zone euro. ... Pour changer tant la tonalité du débat que l'approche de grands problèmes européens, nous avons besoin de davantage de femmes qui prennent le relais. La formule est simple : partis, présentez davantage de femmes ! Femmes, faites entendre votre voix !»

El Mundo (ES) /

Le Parlement européen n'est pas une maison de retraite !

El Mundo appelle les partis à retenir des candidats compétents :

«Au prochain Parlement, les deux grandes familles politiques - conservateurs et socialistes - n'auront plus la majorité à elles seules. Des alliances multipartites seront donc nécessaires dans une législature où l'Europe doit faire avancer le processus d'intégration et parler d'une seule voix si elle veut avoir son mot à dire sur un échiquier mondial de plus en plus complexe. Le moment charnière pour le processus d'intégration que nous vivons actuellement exige un leadership politique à la hauteur. C'est donc un bien mauvais signe que les grands partis espagnols continuent de considérer le Parlement davantage comme un cimetière d'éléphants que comme l'organe décisif où se joue notre présent.»

Azonnali (HU) /

L'opposition a raté le coche

Les partis d'opposition hongrois laissent filer l'occasion de faire corps contre Orbán, estime le portail Azonnali :

«La participation de la bourgeoisie urbaine sera élevée, y compris dans les villes de province, mais on aura tout le mal du monde à amener le 'lumpenproletariat' pro-Fidesz à aller voter, car il ne sait pas ce que c'est, les européennes. Il est facile de mobiliser tous ceux qui ont un profil Instagram ou Facebook ou qui lisent Index - ceux-ci n'ont pas l'intention de voter Fidesz. Ces personnes n'ont besoin que d'une légère incitation. ... Peut-être faudrait-il mener une campagne commune, indiquant que l'un des cinq partis [d'opposition] a des chances de l'emporter. Quel que soit le parti, dans la mesure où celui-ci est opposé à Orbàn.»

Daily Sabah (TR) /

L'UE minée par les islamophobes

Le quotidien Daily Sabah s'alarme de la progression des forces europhobes et islamophobes au Parlement européen :

«Au lendemain du 27 mai 2019 dans les couloirs du Parlement européen - qui affirme être l'institution démocratique suprême de l'UE et la garante des valeurs sacro-saintes de l'UE - on comptera davantage d'eurodéputés d'extrême-droite et d'extrême gauche, et ce n'est pas tout. Toutes les ressources du Parlement, soit une somme considérable, seront dévoyées par des eurodéputés directement hostiles à l'UE et à la Turquie. L'argent des contribuables européens musulmans et des Turcs - qu'ils soient ressortissants de l'UE ou qu'ils travaillent dans l'UE - sera affecté à la lutte contre les musulmans et contre les Turcs.»

Göteborgs-Posten (SE) /

Non au manichéisme !

La fédération syndicale suédoise a tourné un clip de campagne montrant l'eurodéputé polonais Janusz Korwin-Mikke revendiquant des salaires plus faibles pour les femmes. Ce type d'actions polarisantes est contreproductif, explique Göteborgs-Posten :

«Ceux qui haïssent ouvertement l'Europe ont changé de stratégie. Au lieu de rejeter l'UE en tant que telle, ils réclament une autre Union. ... Il est plus facile d'affirmer que la paix en Europe est menacée plutôt que de dire qu'une directive sur les produits chimiques ou un contrôle paneuropéen de l'usage des antibiotiques sont nécessaires. ... Il peut dès lors être tentant de réduire le débat européen à une simple question : pour ou contre l'UE. ... Cela fonctionne très bien lorsque l'opposant est un bouffon comme Korwin-Mikke. Mais cela ne permet pas de combattre les europhobes qui se portent candidats à ce scrutin.»

Haniotika Nea (GR) /

Pour les Grecs, l'Europe est bien loin

Le journal régional Haniotika Nea évoque de quelle façon les européennes sont perçues par l'opinion publique grecque :

«Cela a toujours été ainsi dans notre pays. Après l'adhésion à l'UE, en 1981, les européennes ont toujours davantage porté sur nos affaires intérieures que sur la politique européenne. Personne ne nous informe de ce que l'on appelle l'Europe et sur ce qu'y s'y passe. On parle des européennes, mais on considère l'Europe comme quelque chose d'éloigné, qui ne concerne que les Allemands, les Français, les Italiens, etc, mais pas les Grecs lambda. C'est un paradoxe de la politique grecque : le scrutin des européennes approche et l'on ne parle que de vieux scandales, de la corruption, des conflits d'intérêts, des candidats. ... De tout donc, sauf de l'essentiel : l'avenir d'une grande famille - le plus grand acquis de l'après-guerre dans le monde.»

Le Monde (FR) /

L'UE doit se pencher sur la politique migratoire

Dans son éditorial, Le Monde se réjouit que la politique migratoire soit abordée dans la campagne :

«Les risques de dérapages subsistent sur cette question sensible, comme l'ont montré les récentes divisions européennes au moment de l'adoption, fin 2018, du pacte mondial pour les migrations sûres, promu par l'ONU et dénoncé par les populistes. Bruxelles n'a toujours pas mis sur pied de politique commune d'immigration ni même d'asile. Quelle que soit la tournure de la campagne, les problématiques migratoires resteront l'une des principales priorités des dirigeants européens, tant les pays de l'UE ont été incapables ces dernières années de faire preuve d'assez de solidarité pour gérer collectivement une question qui ne peut avoir de solution nationale. L'oublier reviendrait à faire le jeu de l'extrême droite.»