Eurobonds : que penser de la proposition de Macron ?

A la veille d'un sommet européen des chefs d'Etat et de gouvernement jeudi, le président français, Emmanuel Macron, a demandé le recours à un endettement commun des Vingt-Sept. L'Europe doit investir davantage, protéger son économie et renforcer sa souveraineté, a souligné Macron dans un entretien accordé à plusieurs journaux européens. L'Allemagne a déjà écarté cette idée.

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The Economist (GB) /

Un scepticisme, malgré des arguments solides

Le repositionnement de l'Europe exigé par Macron est plus que nécessaire, juge The Economist :

«Certains des appels de Macron seront accueillis avec scepticisme. Dans son pays, il est en difficulté : dépourvu de majorité au Parlement, il ne lui reste que 15 mois de mandat pour imposer ses idées. Le refus français de soutenir en janvier le traité commercial UE-Mercosur s'est heurté à l'incompréhension de nombreuses capitales européennes, alors que dans le même temps, au nom de l'autonomie stratégique, le président plaidait en faveur d'une diversification du commerce de l'UE. En revanche, les mises en garde de Macron, qui estime que l'Europe est trop lente, trop fragmentée, et qu'il faut se hâter de résoudre les problèmes, sont partagées par un grand nombre de pays.»

Corriere della Sera (IT) /

Tabou pour Berlin

La proposition de Macron se heurte à des écueils, prévient Corriere della Sera :

«Le président français, Emmanuel Macron, insiste sur la nécessité d''eurobonds pour une capacité commune d'endettement', permettant de financer des projets de transition écologique, d'IA et d'informatique quantique, et sur l'idée d'une 'préférence européenne' sous forme de clauses de sauvegarde, d'incitations pour établir des quotas de 'made in EU' ainsi que d'acquisitions de matériel européen ('Buy European') pour protéger les entreprises européennes. Deux points qui ne sont pas partagés par Berlin, pour qui une dette commune reste taboue, alors que l'Italie y est favorable.»

Interia (PL) /

Il s'agit en réalité de la dette française

Sur Interia, le politologue Jarosław Kuisz y voit une combine :

«Tout porte à croire que l'idée d'une dette européenne commune a indirectement pour but de contenir les coûts croissants du service de la dette française. … Si des eurobonds devaient constituer les bases de la puissance européenne, ceux-ci doivent résulter de la force, de la crédibilité et de la stabilité du projet, et non du désarroi d'un dirigeant en fin de mandat. Sinon, ils ne seraient qu'un autre euphémisme pour décrire l'impuissance politique.»